Voyage mental chez Michel Rein

Caroline Roure
24 juin 2021

La galerie Michel Rein propose une collective qui rassemble huit artistes : Mariana Bunimov, Michele Ciacciofera, Piero Gilardi, Enrique Ramírez, Edgar Sarin, Franck Scurti, Agnès Thurnauer et Sophie Whettnall. L’exposition n’est pas construite autour d’une thématique commune ou d’un propos curatorial sous-jacent, mais cherche plus simplement à présenter une série d’artistes représentés par la galerie. C’est l’occasion de découvrir la diversité des pratiques artistiques contemporaines jusqu’au 17 juillet.

Dans la vitrine de la galerie, un paysage dessiné par des œillets sur une bâche bleue foncée se déploie devant nous. C’est l’oeuvre de Sophie Whettnall, une artiste bruxelloise multidisciplinaire qui travaille à la charnière de plusieurs médiums : la vidéo, la performance, le dessin, l’installation et la peinture. L’artiste nous fait voyager à travers son œuvre et nous invite à redécouvrir des paysages qui jouent avec les ombres et les lumières. En 2019, Sophie Whettnall a fait l’objet d’une exposition monographique à La Centrale où elle avait réussi à métamorphoser l’espace et nous transportait dans une nature fantasmée faite d’icebergs en mousse, de ciels étoilés en feuilles d’aluminium percées et de forêts en panneaux de bois perforés. Son travail a le pouvoir d’englober le visiteur, de l’immerger dans un imaginaire débordant de poésie et de sensibilité.

Une préférence particulière pour l’œuvre d’Enrique Ramírez apposée sur le mur du fond, à l’entrée de la galerie. Cette œuvre se compose de voiles de bateau déposées sur un carton noir, le tout recouvert d’un quadrillage de cadres en aluminium qui viennent découper l’œuvre en différentes zones, formant un travail cartographique. Enrique Ramírez est un artiste chilien, diplômé du Fresnoy-Studio national des arts contemporains à Tourcoing. Les paysages qu’Enrique Ramírez dessine sont des espaces qui suscitent notre imagination et nous invitent à une déambulation mentale. Enrique Ramírez a été nommé pour le Prix Marcel Duchamp 2020 et certaines de ses œuvres ont déjà rejoint la prestigieuse collection du Musée d’Art Moderne de New York (MoMA). Il a aussi présenté son travail lors de la 57ème Biennale de Venise. Son travail, qui mêle histoire collective et histoire personnelle, aborde des sujets récurrents tels que la construction de la mémoire, le voyage, l’immigration et la politique. L’eau est un leitomitiv qui parcourt son œuvre et évoque à la fois le passé de son père, constructeur de voiles de bateau, et l’histoire du Chili, ce qui n’est pas sans rappeler le documentaire de Patricio Guzmán, Le Bouton de Nacre. Dans ce film qui croise des réflexions sur l’histoire des peuples de Patagonie et sur les victimes de la dictature de Pinochet, l’eau est également le fil conducteur. Cet élément évoque, à la fois, les voyages des peuples amérindiens dans les fjords chiliens et les corps des chiliens jetés à la mer par les sbires de Pinochet. « La peine de l’eau est infinie », disait Gaston Bachelard.

Venir chez Michel Rein, c’est aussi l’occasion de découvrir des artistes émergents, comme Edgar Sarin qui présente une œuvre sculpturale confrontant le laiton et le bois et exhibant une parfaite maîtrise des matériaux. L’idée de dualisme traverse l’œuvre d’Edgar Sarin et se fait ressentir dans la confrontation des volumes, des matières ainsi que dans des jeux d’équilibre. C’est avec impatience que nous attendons la prochaine exposition monographique de cette étoile montante.

Michel Rein
51A rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu’au 17 juillet
Du mercredi au samedi de 10h à 18h
http://michelrein.com

 

Caroline Roure

Journaliste

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