Le jardin d'enfance de Vincent Bioulès

Muriel de Crayencour
15 avril 2021

Fort de ses 83 printemps, Vincent Bioulès nous offre une ode aux souvenirs d'enfance dans son exposition Jardin(s) à voir à la Galerie La Forêt Divonne à Bruxelles.

Membre fondateur du mouvement Supports-Surfaces avec, entre autres, Jean-Pierre Pincemin ou Claude ViallatVincent Bioulès s’en éloigne dès le milieu des années 1970 pour revenir à la peinture figurative. Longtemps professeur aux Beaux-Arts de Paris, il a marqué des générations de jeunes artistes.

Pour Jardin(s), Bioulès peint la mémoire qu'il a de son jardin d'enfance. Une peinture non pas sur le motif, mais sur le souvenir. Quelle forme peut bien avoir le souvenir d'un jardin ? Que reste-t-il dans l'œil, plus de 70 ans après ? Dans une palette audacieusement fauve, Vincent Bioulès trace presque chaque fois le même angle de vue : une allée de graviers rouges, un petit parterre de fleurs entouré de buissons et de grands arbres. La ligne d'horizon coupe la toile en deux : buissons ronds en bas, ciel bleu électrique en nuages floconneux en haut. Dans le rectangle de la toile, le jardin s'organise. Ici les fleurs, là les arbres. Dans l'enfance de l'artiste, il y avait donc ce jardin magnifique, à l'agréable symétrie, dans lequel s'épanouissait une végétation luxuriante. Comme c'est étonnant, ce qui marque nos rétines dans l'enfance !

En reprenant encore et encore ce même paysage avec volubilité, l'artiste, soudainement, rejoint l'ingénuité des dessins d'enfants où les arbres sont comme des bouquets de fleurs et les nuages toujours roses. Cette vue peinte rejoint aussi les jardins qui peuplent nos rêves : masse sombres des buis, gazon tacheté des fleurs. Et comme il est bon de se promener dans ces couleurs vibrantes. Reprendre la même vue en variant les volumes, les couleurs, lui permet de s'imprégner, de se remémorer ce souvenir vivace et de nous l'offrir avec force.

Bioulès est prolixe, joyeux, précis. Il déploie une grande maîtrise des volumes et de cette audacieuse palette : le gravier est rouge orangé, le ciel est bleu pétant, l'herbe aussi verte que chez le voisin. C'est à voir. 

Vincent Bioulès
Jardin(s)
Galerie La Forest Divonne
88 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu'au 1er mai
Du mardi au samedi de 11h à 19h
http://www.galerielaforestdivonne.fr/

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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