Un souffle d’air frais chez Stems Gallery

Caroline Roure
03 juin 2021

Stems Gallery signe Take my breath away, une exposition collective qui regroupe des œuvres de Julien Boudet, Aryo Toh Djodjo, Dhewadi Hadjab, Dan Mandelbaum, MarieVic, Tyrrell Wintson et Allison Zuckerman. Toutes ces créations empruntent des supports variés tels que la photographie, la sculpture ou la peinture, mais toutes ont été produites pendant la période de confinement. En réponse à ces temps troublés, les artistes nous offrent un souffle d’air frais.

Dhewadi Hadjab est un artiste peintre qui vit et travaille à Paris. Il est actuellement en 4e année à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Chez Stems Gallery, il expose une peinture figurative qui met en exergue son intérêt pour le mouvement du corps dans l’espace. L’artiste met en scène des danseurs dans des intérieurs aux caractéristiques récurrentes : portes béantes, papiers peints déchirés, couleurs vives, etc. Ces lieux accueillent des corps qui semblent inanimés, telle cette femme posée lascivement sur un canapé orange, ce qui confère à ces tableaux une curieuse atmosphère, à la fois fascinante et envoûtante.  

Dan Mandelbaum présente quatre sculptures organiques. L’artiste se laisse guider par le processus créatif du travail de l’argile, qu’il décrit comme un exercice cérébral amusant qui l’amène petit à petit vers un produit fini, sans que celui-ci ait été anticipé. Ces sculptures, entre abstraction et figuration, témoignent de son talent pour trouver un équilibre entre pleins et vides. Ces œuvres évoquent parfois des icônes pop comme les Pokémons.

Tyrrell Wintson exhibe une installation faite de ballons de basket crevés. Les œuvres tridimensionnelles de l’artiste relèvent d’un travail de collecte d’objets désuets et trouvés dans les rues de Manhattan et de Brooklyn, qu’il parcourt de manière obsessionnelle : ballons, filets de basket, etc. Le travail de l’artiste pourrait en ce sens nous faire penser à celui de Robert Raushenberg, un des premiers artistes américains à récupérer des objets dans la rue pour les ériger au rang d’œuvre d’art. Ce qui est intéressant dans le travail de Tyrrell Winston, c’est la dimension sociale de son œuvre : tous les objets trouvés sont remplacés par des objets neufs, ainsi les vieux filets de basket font place à de nouveaux, permettant aux jeunes du quartier de s’adonner au sport préféré de l’artiste qu’est le basket, on l’aura compris.

Aryo Toh Djojo produit une série de tableaux dans lesquels on reconnaît des paysages urbains du sud de la Californie, ce qui n’est pas sans rappeler le travail d’Edward Rusha et notamment sa série photographique Twentysix Gasoline Stations (1963). Les ciels représentés dans ces vues urbaines sont ponctués d’étranges ovnis, traduisant l’intérêt de l’artiste pour l’ufologie (l’étude des ovnis). Depuis 2020, celui-ci se passionne pour la manière dont les systèmes religieux sont influencés par des êtres extraterrestres.

Une expo qui permet de découvrir toute une nouvelle génération d’artistes trentenaires, dont le travail est à la fois drôle et engagé. À titre d’exemple, les œuvres de l’artiste Alison Zuckerman font l’objet d’un engagement féministe. Ses peintures-collages dans lesquelles elle fait dialoguer ses coups de pinceau avec des images pop très colorées présentent exclusivement des figures féminines. Take my breath away a le mérite de proposer des créations légères qui nous offrent une pause, un bol d’air frais bien mérité mais qui, en même temps, nous poussent à porter un regard attentif sur certains problèmes inhérents à notre société patriarcale.

 

TAKE MY BREATH AWAY
Stems Gallery
4 rue du Prince Albert
1050 Bruxelles
Jusqu’au 19 juin
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h
Samedi de 14h à 18h
stemsgallery.com

Caroline Roure

Journaliste