Spazio Nobile, de la fragilité en miroir

Gilles Bechet
21 mai 2021

Avec sa galerie Spazio Nobile et ses multiples projets, Lise Coirier multiplie les dialogues entre design, arts appliqués et beaux-arts, comme autant de miroirs de nos fragilités et de nos imperfections.

« Ça peut sembler bizarre, mais la galerie n'a aujourd'hui jamais aussi bien marché », se réjouit Lise Coirier avec le sourire. « C'est parce qu'on est là. Depuis le 12 mars, on n'a jamais fermé. Comme les foires et salons ont été reportés, on a joué un rôle de proximité. Les gens entrent et ils trouvent la beauté. » 


Tout est lié

Ouvert en 2016, Spazio Nobile fête cette année ses cinq ans d'existence. Partageant la même passion pour les beaux-arts et les arts appliqués, Lise Coirier et son mari Gian Guiseppe Simeone ont ouvert la galerie dans leur ancien appartement. C'était aussi, pour cette diplômée en management et en histoire de l'art, la poursuite de projets d'expositions, de textes et d'événements menés avec son agence de consultance créative Pro Materia, fondée en 1999, et dans les pages du magazine TL Mag sorti de presse en 2009. « Dans tout ce que j'ai fait, j'ai cherché à créer des liens entre le design, le savoir-faire des métiers d'art et les métiers du Patrimoine. Entre le passé et le présent, il n'y a pas d'interruption. Si, à la base, je m'intéresse à l'art contemporain, je suis aussi sensible à cette quête d'humanisme qui se dégage de tout ce que l'homme a pu faire de plus beau au cours de l'histoire. »

A ses débuts, la galeriste a senti quelques réticences dans certains cercles de l'art contemporain. « Aujourd'hui, certains créateurs contemporains ont l'impression d'innover, alors que tout est lié. On a hérité d'un passé et d'un patrimoine. »

Dans l'ADN de Spazio Nobile, il y a une volonté tenace d'abolir les frontières entre les disciplines, entre les beaux-arts et les arts appliqués. Et pour cela, il n'y a rien de tel que l'expérimentation. Très proche de ses artistes, la galerie titille leur créativité par des commandes et des collaborations. « On produit beaucoup de pièces, c'est un risque. Ce qui m'intéresse, c'est le travail en binôme entre des artistes de la galerie et des artisans. C'est toujours un enrichissement, pour l'un comme pour l'autre. »


Expositions en mouvement

Depuis leur première exposition en avril 2016, les propositions se suivent comme autant de saisons dans une continuité organique. « Ce sont des expositions en mouvement. Quand une pièce est vendue, on la remplace, ce qui crée d'autres dialogues, d'autres liens. »

L'exposition en cours, Season XVII Threads of Nature, crée de surprenants dialogues entre les matériaux et les médiums, le bois, le verre, le tissu, la céramique, le pastel et la photographie. Fidèle de la galerie, le designer ardennais Kaspar Hamacher propose son mobilier en bois épuré et radical à la pureté carbonisée. Il a aussi adapté certaines de ses pièces pour accueillir les extraordinaires sculptures d'Ernst Gamperl. Minces comme une peau d'arbre, ces vases en bois tourné allient la grâce et la fragilité qui affleurent jusqu'à la surface oxydée et cirée. Au mur, une tapisserie de la jeune Américaine Jacqueline Surdell qui revisite le bon vieux macramé dans des œuvres puissantes et brutalistes. Athlète dans une autre vie, elle aborde le paysage dans une approche physique et directe. Le travail du verre a la magie d'une manipulation alchimique. Les pâtes de verre d'inspiration architecturale de Lila Farget ont la douceur pastel d'une sucrerie. Que ce soit dans ses vases ou dans ses luminaires, Philipp Weber explore d'autres états du verre, avec ses formes contemporaines bouillonnantes qui transposent une technique développée à Murano au milieu du 16e siècle.


Sucre rapide et sucre lent

Comme une tête chercheuse, Spazio Nobile multiplie les projets pour offrir à ses artistes d'autres espaces ou d'autres challenges. En face de la galerie mère, une pièce vitrine à front de rue est devenue un deuxième espace baptisé Studiolo, qui accueillera en juin les collages d'Audrey Guttman.

Le dernier week-end de mai s'ouvrira Spazio Nobile Downtown en collaboration avec Bela Silva. Autre artiste de la galerie, la dessinatrice et céramiste portugaise a récemment établi son atelier en face de l’église des Minimes. Concept novateur, cette galerie-vitrine, ouverte sur rendez-vous, permettra dans un premier temps une exposition ludique d'œuvres de l'artiste. Elle coïncide avec l'édition par Spazio Nobile du coffret Four Seasons de bijoux muraux en céramique.

Autre collaboration, celle avec la maison de ventes Lempertz, qui montrera les sculptures en céramique et textiles de la Néerlandaise Kiki van Eijck.

Les cinq années qui viennent de s'écouler ont passé comme un éclair, pour Lise Coirier. « Avec Spazio Nobile, je me suis rendu compte que c'est un métier qui me convient. Je peux associer le sucre rapide et l'adrénaline de la galerie avec le sucre lent de l'écriture pour le magazine. » Avec cette drôle de période liée à la pandémie que nous venons de traverser, elle a aussi redécouvert les vertus de la vulnérabilité. « J'aime l'imperfection et j'ai besoin de sentir la fragilité. Ce qu'on montre dans la galerie est en phase avec ce que cette pandémie a fait apparaître. Nous devons accepter d'être sensibles, fragiles et perméables. C'est ça qui crée le lien et nous donne un supplément d'âme. »

 

Threads of Nature
Spazio Nobile
142 rue Franz Merjay
1050 Bruxelles
jusqu'au 18 juillet 2021
ouvert du mercredi au samedi de 11h à 18h
www.spazionobile.com

 

Audrey Guttman
Through the Looking-Glass
Spazio Nobile Studiolo
169 rue Franz Merjay
1050 Bruxelles
Du 22 mai au 18 juillet 2021
ouvert du mercredi au samedi de 11h à 18h

 

Spazio Nobile Downtown x Bela Silva
61 rue des Minimes
1000 Bruxelles
vendredi 28 mai de 17h à 21h
29 + 30 mai 2021 de 12h à 19h
ou sur rendez-vous

 

Kiki Van Eijk
The New Harvest
Lempertz Brussels
6 rue du Grand Cerf
1000 Bruxelles
Du 26 mai au 2 juin
ouvert de 12h 19h

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.