Philippe Vandenberg, une œuvre pérennisée

Muriel de Crayencour
20 mars 2021

La Philippe Vandenberg Foundation a été créée il y a 11 ans par les trois enfants de l’artiste. Ce projet, mûrement réfléchi et très personnel, a pour objectif de conserver l’œuvre de l’artiste, faire des recherches et la rendre mobile internationalement, d’une manière généreuse. Une fameuse aventure qu'Hélène Vandenberg, sa fille et Johannes Muselaers, le responsable des collections, nous racontent. La Vandenberg Foundation est située à Molenbeek dans les anciens ateliers de l’artiste, dont l’exposition il y a quelques semaines à Bozar a fait grand bruit.

Comment et pourquoi crée-t-on une fondation pour un artiste ?

Hélène Vandenberg : Après la mort de notre père Philippe Vandenberg en juin 2009, nous avons beaucoup parlé, mes deux frères et moi. Durant deux ans, nous avons fermé l’atelier et nous nous sommes posé la question de quoi faire avec les 17 000 œuvres de notre père. Est-ce que l’œuvre est assez forte pour être pérennisée ? Est-ce que ça vaut la peine de mettre du temps, de l’énergie, de l’argent ? Est-ce que cette œuvre peut aller à l’international ? Nous avons aussi interrogé d’autres personnes, dont des acteurs du monde de l’art : Joost Declercq (ancien directeur du Musée Dhondt Dhaenens et anciennement affilié à la Fondation Hartung Bergman), Laurent Busine (ancien directeur du MAC’s Grand-Hornu), Philippe van Cauteren (Smak Gand) entre autres, mais aussi des artistes : Dirk Braekman, Berlinde De BruykereWalter Swennen..., car pour nous il était difficile d’avoir une distance par rapport à l’œuvre de notre père.

Ensuite, nous avons créé une société civile entre nous, afin de gérer le capital (œuvres, bâtiment...), pour laquelle nous avons établi avec précision les modes de fonctionnement. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est très important de faire ce contrat, d’ailleurs, nous retournons souvent à celui-ci pour prendre des décisions.

Ainsi qu’une asbl, nommée Philippe Vandenberg Foundation (la forme de la fondation n’est pas très bien protégée légalement en Belgique, contrairement à la France) qui a pour objectifs de conserver l'œuvre de l'artiste, en faire des recherches, et la rendre mobile, ainsi que de gérer le bâtiment qui fut l'atelier de l'artiste.


Quelle fut l’étape d’après ?

Nous avons transformé l’atelier en un endroit de travail et un dépôt, mais aussi un lieu de visite et de rencontres. (De grandes caisses en bois ont été construites et servent de réserve dans la grande halle de l’atelier). Il fallait en effet sécuriser le stockage, inventorier les œuvres, les photographier et les numéroter. Nous sommes en fait la plus grande monocollection en Belgique.


Comment rendre les œuvres visibles ?

Pour que l’œuvre reste vivante et mobile au niveau international, nous faisons plusieurs choses. Le premier pilier, c’est la recherche. Nous avons donné les archives de notre père à la bibliothèque de l’Université de Gand. Elles ont été digitalisées et des étudiants en histoire de l’art travaillent sur ces archives. Ensuite, nous organisons des séminaires avec des artistes, des curateurs, des chercheurs invités, pour obtenir, au fil de leurs discussions, de nouvelles lectures de l’œuvre. Il nous semble important que le travail soit relu en fonction de l’époque actuelle. C’est toujours magnifique, ce qui sort de ces discussions. Ces chercheurs, artistes, etc. seront ensuite nos meilleurs ambassadeurs pour parler de l’œuvre de Vandenberg. Ils réfléchissent à l’œuvre, écrivent des textes et offrent un nouveau regard. Je pense qu’il est essentiel que nous, les enfants, ne nous mettions pas entre le monde d'aujourd’hui et l’œuvre. Nous devons plutôt, en tant que fondation, être un pont généreux. Faciliter le dialogue.

Le deuxième pilier, c’est de faire voyager les œuvres, assurer leur mobilité. Depuis le début de la création de la fondation, le travail de notre père a participé a beaucoup d’expositions solos et de groupe. Il y a eu une exposition en duo avec Berlinde de Bruykere au De Pont Museum de Tilburg en 2012, puis à la Maison Rouge à Paris en 2014. Mais aussi à New York, Londres, Séoul, Zurich... à l’Hamburger Kunst à Hambourg en 2018 et dernièrement à Bozar. Et nous la rendons visible sur les médias sociaux.


Comment financez-vous la fondation ?

C’est notre troisième pilier : la vente des œuvres, pour financer le personnel qui travaille à la fondation, dont notre responsable des collections, Johannes Muselaers, les frais de fonctionnement de la fondation et les indépendants : restaurateurs, photographes, etc., ainsi que notre propre travail.


Comment sélectionnez-vous les œuvres qui peuvent être mises en vente ?

Nous avons fait trois groupes : les œuvres qu’on peut vendre, celles qu’on réserve aux musées et celles qu’on conserve. Lorsqu’une œuvre est vendue, les ¾ de la somme obtenue vont vers mes frères et moi-même, et 25 % vers la fondation.


Johannes Muselaers, responsable des collections


Quelles sont vos missions à la fondation ?

Elles sont nombreuses ! Je m’occupe de la gestion de l’atelier, de contrôler et inventorier les œuvres (doivent-elles partir en restauration ?, etc.), de l’entretien du bâtiment. Comme historien de l’art, je soutiens la recherche, en recevant les chercheurs et étudiants. Je vais aider à la rédaction. J’assure le suivi de l’organisation des expositions et des publications. Et je m’occupe de toute la communication. Nous avons beaucoup de stagiaires qui travaillent avec nous. Je gère donc aussi cette équipe ! C’est une manière de transmettre nos connaissances sur la gestion d’une fondation. Ils sont nos futurs ambassadeurs.


Les étudiants sont-ils les bienvenus ?

Oui, nous invitons des étudiants des écoles d’art belges, francophones et néerlandophones, et nous les faisons travailler ensemble sur l’œuvre. Je sers aussi de guide et de conférencier lors des visites. Il y a aujourd’hui autour de 300 visiteurs par an. Ce sont des visites de groupe, qu’il suffit de réserver sur le site.


En conclusion ?

Hélène Vandenberg : Notre père ne voulait pas que son œuvre soit comme un mausolée, après sa mort. La fondation travaille en ce sens. La mobilité des œuvres, mais aussi la générosité, c’est important et ça ressemble à l’énergie de l’art.

 

Philippe Vandenberg Foundation 
Visite guidée sur réservation préalable
Groupe de min. 10 personnes et de max. 15 personnes
Réservation : info@philippevandenberg.be
https://philippevandenberg.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.