Omar Ba, mythologies africaines

Mylène Mistre-Schaal
04 mars 2021

Entre Dakar et New York, ses deux villes de prédilection, Omar Ba a posé ses pinceaux à Bruxelles jusqu’au 27 mars. Cinq années après sa première exposition personnelle en Belgique, la Galerie Templon accueille à nouveau le peintre sénégalais avec une série d’œuvres plus critiques que jamais, qui dévoilent son talent tout particulier pour subvertir le réel tout en restant très en phase avec l’actualité.


Lucid dreams

Etrangement réelles, les toiles d’Omar Ba ressemblent un peu à ces rêves où nos perceptions se mélangent. A ces réalités altérées mais d’une inquiétante acuité, qui réveillent parfois nos nuits. Anomalies, c’est justement le mot qu’a choisi le peintre pour qualifier son nouvel accrochage à la Galerie Templon. Un titre qui raconte sa fascination pour les univers fantastiques et pour les métamorphoses, lui qui aime depuis ses débuts hybrider l’homme et l’animal, dans une jungle capiteuse de motifs.

D’un pinceau que l’on devine leste, il voyage d’une approche presque pointilliste (jetez un œil aux touches floconneuses qui lui servent de fond) à des recherches plus graphiques où fines nervures, poils ou cercles microscopiques viennent ajouter de la texture à l’ensemble. L’artiste, qui a pris ses distances avec l’abstraction depuis 2003, date correspondant à son arrivée aux Beaux-Arts de Genève (lire notre article), semble avoir conservé un goût prononcé pour les effets de matières et les couleurs pures (notons l’alliance particulièrement réussie entre le bleu clair et le corail).

Onirique mais politique, son travail puise justement sa force dans un cocktail inédit de symboles et de formes où masques ancestraux, logo des Nations Unies, francs CFA, drapeaux, plumes, pelages et végétation luxuriante se mélangent dans une effusion de couleurs.


Agitations tropicales

Dans ses précédentes séries déjà, Autopsie de nos consciences (2018), Cour pénale internationale (2017) ou même Eclosion (découverte à Bruxelles en 2016), Omar Ba explorait les problématiques du pouvoir, de la violence politique et de la domination, racontant à sa manière les cicatrices mémorielles d’une Afrique marquée par le colonialisme et ses conséquences.

Pour ce cru 2021, c’est au travers d’une galerie de portraits de chefs d’Etats imaginaires que le peintre donne sa version de l’Afrique contemporaine. Une série particulièrement réussie de bustes politiques qui disent en filigrane les failles de la démocratie. Dans l’ironique Superman and the Constitution I, mains croisées sur une Constitution apparemment bafouée, l’interlocuteur, cravate au cou, détourne le regard. Sur son visage, une ombre noire se découpe, celle du continent africain. Comme la face cachée d’un leader à sens unique. Mais déjà le motif gagne du terrain sur le figuratif. Et de splendides tentacules bleus surmontés de flamboyants pétales éclosent autour de lui, donnant au drame une dimension nouvelle.

Cinq ans après Eclosion, son premier accrochage bruxellois, les toiles d’Omar Ba ont gagné à la fois en panache et en profondeur. Autant d’allégories d’une Afrique contemporaine tout en complexité où réalité et fiction, vie quotidienne et culture ancestrale s’entrechoquent avec une belle dose de mystère.

Omar Ba
Anomalies
Galerie Daniel Templon
13 A rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu'au 27 mars
Du mardi au samedi de 11h à 18h
http://www.danieltemplon.com/

Mylène Mistre-Schaal

Journaliste

Historienne de l’art avec un goût prononcé pour l’art contemporain, Mylène Mistre-Schaal est collaboratrice régulière pour le magazine culturel Novo. Elle écrit également pour le city-magazine français ZUT et pour la revue Hermès. Co-autrice du livre L’Emprise des Sens aux éditions Hazan, elle s’intéresse tout particulièrement aux rapports sans cesse renouvelés entre l’art et les cinq sens. 

 

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