Nicolas Floc'h, sous la surface

Gilles Bechet
26 juin 2021

A la Fondation Thalie, Nicolas Floc'h nous invite à une plongée dans les fond marins à la découverte des paysages d'une beauté insoupçonnée magnifiés dans de somptueux tirages noir et blanc.

Les fonds marins restent une des plus vastes étendues inexplorées du globe. Des paysages invisibles, car absents de l'imaginaire collectif et de la représentation artistique. L'artiste Nicholas Floc'h, breton d'origine, n'a cessé de les explorer et de les questionner. Depuis une quinzaine d'années, il tend des filets entre les arts et la science. D'abord pour faire entrer dans le champ artistique des paysages sous-marins jusque là monopolisés par un imaginaire scientifique ou sportif. Il collabore aussi avec des scientifiques pour documenter ces zones fragiles, témoins précieux de l'impact des activités humaines et du changement climatique sur l'équilibre des écosystèmes. Si plus tôt dans l'année, on avait pu voir chez LMNO sa série de monochromes marins sur la couleur de l'eau, le voici avec d'autres séries qui portent sur les récifs artificiels et sur les paysages sous-marins.
L'objectif des récifs artificiels est de densifier les fonds marins et de contribuer au regain de la biodiversité. Ces structures en béton larguées à 30 ou 40 m de profondeur deviennent des ruines inversées, des structures évolutives conçues pour être colonisées par la nature. Nicolas Floc'h les a photographiées dans le milieu matin et a produit des sculptures témoin qui passent de la grande bleue au sol des galeries.
 

Mise en scène de la nature

Les paysages sous-marins sont un impensé artistique, c'est une des raisons pour lesquelles il a choisi de les photographier dans un noir et blanc somptueux au velouté carbone. Réalisées en lumière naturelle, ces photos nous invitent dans un monde végétal inconnu. L'absence volontaire, à quelques exceptions près, de présence animale rend ces paysages encore plus étranges et éloignés de l'idée que l'on se fait de la mer. On y trouve une diversité surprenante. Sur certaines images, les algues se dressent comme une jungle inextricable ou d'impénétrables taillis, sur d'autres ce sont des rochers qui se dressent dans la pénombre, ailleurs on peut voir ce qui ressemble à la perruque oubliée d'une créature des profondeurs ou aux traces de l'explosion d'un feu d'artifice végétal. Figées dans une immobilité irréelle, on sent le courant qui fait ployer les feuilles dans un mouvement sensuel. Dans de nombreuses images, on distingue le plafond liquide de la surface coiffer le paysage, produisant un contraste saisissant au-dessus d'une étendue plate semée de pierrailles comme un désert englouti. Le cadrage, la précision des contrastes, la finesse du tirage donnent à ces photos un rendu presque glamour dans ce qui n'est qu'une mise en scène de la nature.
Les images de la série Initium Maris qui occupent un mur de la grande salle dans une accumulation de formats ont été captées entre Saint-Malo et Saint-Nazaire, ainsi qu'au large des côtes japonaises. Projet artistique et scientifique, la série Invisible documente la zone côtière du parc National des Calanques, soit les 162 km qui séparent Marseille et La Ciotat. Présentées en continu sur le mur opposé, une sélection de ces images prises entre 0 et -30 mètres nous invitent à une plongée en apnée dans un monde de silence et de beauté, moins éloigné de nous qu'il n'y paraît.

 

Nicolas Floc'h
Invisible, Seascapes
Thalie Foundation
15 rue Buchholtz
1050 Bruxelles
Jusqu’au 11 juillet 
Du mercredi au dimanche de 14h à 18h
www.fondationthalie.org

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.