Les digressions de Claudie Laks

Manon Paulus
26 mars 2021

Claudie Laks est de retour à la Marc Minjauw Gallery avec ses grandes toiles qui abritent des couleurs virevoltantes. Tourbillon de rouge, hachure de bleu, tache d'orange. L'exposition Digressions porte bien son nom, tant on passe d'un geste à un autre pour revenir - sans jamais vraiment s'être écarté - à la couleur. À voir jusqu'au 4 avril.

Dans les peintures de Claudie Laks, des gestes sont lancés sur une immensité blanche sans prendre jamais forme. La toile accrochée à même le mur devient le réceptacle de mouvements et en garde la trace. Ils ont quelque chose d'enfantin peut-être, mais dans ce qu'ils ont de premiers, d'instinctifs, comme les prémisses d'une écriture qui s'en tient à son énergie graphique. Advient sur la toile un brouhaha coloré, des entités autonomes qui se bousculent, s'entrelacent, se superposent. Ses tableaux font l'effet d'une conversation animée pleine de joie, d'excitation, parfois même à la limite du débordement.

Des gestes libres mais contenus, conscients des limites et qui en jouent. Il n'est pas question pour l'artiste de s'étendre au-delà du format. Pas de « all-over » donc, plutôt une conquête régulée de l'espace pictural. Elle ne confie pas les limites de son travail aux bords du tableau mais s'en impose à elle-même. Il s'agit là d'un travail de la peinture dans ce qu'elle a de plus matériel, dans son rapport avec le support, les outils, le corps. C'est peut-être en cela que ses peintures se rapprochent de ses premiers travaux de sculpture. On parle souvent de ses accointances avec Joan Mitchell ou Cy Twombly, l'artiste se dira surtout liée à eux grâce à Monet : « Ce qui nous rapproche en fait, ce sont les mêmes sources. Ce sont les Nymphéas. Joan Mitchell s’est installée à Giverny sur les traces de Monet et Twombly était aussi en affinité avec Monet [...]. »

Ce processus pictural éprouvé ne donne pour autant jamais la même tension. D'une masse dense et vive, on passe à des agencements plus aérés, plus clairs aussi. C'est ainsi que dans Solstice d'été, on voit des couleurs danser frénétiquement, exulter presque, quand ailleurs la toile Salut CH. B. au fond noir et aux spirales de couleurs, accroche directement le regard avec son aspect graphique et tranchant. Elle expose aussi ses collages fragiles qui fleurissent au milieu de feuilles blanches. Des assemblages intimes qui sortent de leur bidimensionnalité et se donnent à voir comme les pétales d'une fleur : plusieurs plans s'entrecoupent, poussent dans des directions différentes. Réalisés à partir de résidus, de chutes, ils se mélangent dans une célébration de matières, de couleurs, de motifs. Ils offrent un peu de répit face à l'avalanche de couleurs des grands formats, un refuge avant de replonger.
 

Claudie Laks
Digressions
Marc Minjauw Gallery
68 place du Jeu de Balle
1000 Bruxelles
Jusqu'au 4 avril
Du mercredi au vendredi de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h
Du samedi au dimanche de 10h à 18h
https://www.mmgallery.be/

 

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.

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