Les contours du Rêve en pays APY

Gilles Bechet
06 mai 2021

Aboriginal Signature rassemble 45 peintures de 20 artistes issus du pays APY, une vaste région très artistiquement dynamique au centre de l'Australie.

Les APY lands constituent un vaste territoire au centre de l'Australie dans le nord du Grand Désert du Victoria, où vivent les communautés aborigènes Anangu. La nouvelle exposition de la galerie Aboriginal Signature rassemble 45 œuvres réalisées au cours des années 2019 et 2020 par 20 artistes au sein des sept centres d'art disséminés dans la région. Les peintures sélectionnées témoignent une nouvelle fois de l'étonnante vigueur créative de ces artistes qui perpétuent la symbolique de leurs ancêtres, la géographie de leurs territoires sacrés et une approche picturale en constante recherche. Si on retrouve chez ces différents artistes des fondamentaux de l'art contemporain indigène, ils développent chacun leur personnalité tant par le choix des couleurs que de la composition ou de l'approche picturale.

Alec Baker est un des doyens du groupe, ses grandes compositions qui révèlent le Temps du rêve sont remplies de symboles isolés dans de petits cartouches comme des bribes flottant dans la mémoire. Ils séduisent par la douceur des teintes et le velouté poudreux de la matière faite de la juxtaposition de petits points. Pukara, la peinture de Jimmy Yanyatjari Donegan, fait référence à un point d'eau d'un territoire sacré et de l'histoire d'un père et de son fils. Le tracé, fait d'une succession de petits points, alterne des couleurs franches - jaune, bleu et rouge - qui rappelle CoBrA. Elles contournent des taches noires qui ressemblent à des bouches ouvertes ou des yeux sans fond. Le même artiste a réalisé une autre peinture qui cartographie des trous d'eau avec quelques traits sur un fond noir d'une étonnante modernité. Monica Puntjina Watson, issue du même centre d'art, s'est également inspirée du point d'eau de Pukara pour deux peintures épurées qui reprennent une figure florale ou organique sur un fond noir en référence au nectar d'une plante du bush qui donne à l'eau une irrésistible douceur.

Barbara Moore est une artiste beaucoup plus jeune qui, contrairement à beaucoup de ses collègues artistes, travaille debout avec la toile à la verticale et non à plat sur le sol. C'est sans doute ce qui donne à ses peintures un caractère très gestuel proche de l'expressionnisme. Les teintes adoptées par Stanley Douglas, entre le beige et l'orange, semblent flotter dans un halo pointilliste de sable. On remarque ensuite les pointillés blancs qui dessinent comme un territoire vu du ciel. Le sujet évoque à nouveau le Temps du rêve et l'histoire des Seven Sisters et des constellations des Pléiades et d'Orion. Maringka Tunkin évoque la même légende, mais dans une approche picturale très différente, où des figures noires flottent dans des nuages de points colorés dans une approche délicate et minimaliste qui n'est pas sans évoquer Paul Klee. La peinture de Marina Pumami Brown, une autre artiste de 35 ans, est une retranscription littérale des paysages qu'elle a traversés et de plantes qu'elle put y récolter. Son travail en dégradé dans des formes pleines et très sculpturales, semblables à un serpent lové entre les rochers, concilie l'intensité d'un flux énergétique et le détachement de celle qui ne vit pas dans la même temporalité que celle qui, en Occident, dicte nos actions et nos pensées.

 

« Inside » the APY lands
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles
Jusqu’au 30 mai 
Du mardi au samedi de 11h à 19h
(sur RDV uniquement)
www.aboriginalsignature.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.