Le passé dessiné

Muriel de Crayencour
02 septembre 2015
Koen Broucke (1965) est historien et artiste. La recherche et la littérature sont omniprésentes dans son travail. Il a écrit des biographies d’artistes fictifs, se glissant dans leur peau et réalisant des œuvres à leur manière.

Plus connu comme artiste et performeur, Koen Broucke a pourtant toujours utilisé ou pratiqué sa formation d’historien. Tout d’abord pour en nourrir sa créativité. Et depuis plusieurs mois, en investigant l'histoire de la bataille de Waterloo. Ayant reçu l’accès aux archives de la Bibliothèque royale au Mont des Arts, il s’est plongé dans les documents de la bataille de 1815 pour en extraire ce qui lui semblait matière à une relecture. Il a aussi passé beaucoup de temps à se promener dans les champs qui entourent la butte du Lion. Ces divers glanages ont nourri son dessin et sa peinture.

De très nombreux artistes actuels s’emparent aujourd’hui de l’Histoire, l’officielle, pour la détricoter et mettre à jour l’histoire non officielle, non propagandiste, celle qui se trouve de l’autre côté du miroir. Le dernier exemple fut bien sûr le travail de Vincent Meessen au pavillon belge de la Biennale de Venise. Koen Broucke explique que cette appropration et cette relecture se font chez lui par le biais de la main qui dessine et peint. C’est à la fois une relecture par l’historien, mais elle se veut intuitive et émotionnelle, passant par la créativité. C’est ce qui fait tout son intérêt et sa poésie.

Une exposition dialogue est à voir encore quelques jours à la Bibliothèque royale. On y découvre des gravures produites quelques jours après la bataille, destinées à informer les nombreux touristes venus voir les champs de bataille encore fumants. On y découvre une iconographie romantique, à la gloire de la guerre. On y voit aussi les différents panoramas qui furent peints pour illustrer la chronologie de la bataille. Suivant les époques, on peut y voir une glorification d’un aspect ou l’autre de l’événement.

Koen Broucke peint les paysages de Waterloo, « qui ont l’air si paisibles mais qui ont vu tant de morts », explique-t-il. Il peint aussi les uniformes troués par les balles. Ses gravures sont une évocation à multiples plans, mêlant la réappropriation qu’il fait de la bataille de Waterloo et d’autres de ses souvenirs. La beauté de la guerre constitue un premier volet du doctorat en arts (KU Leuven et LUCA) de Koen Broucke.

« En tant qu’artiste j’ai toujours recherché intuitivement la nuit et la pénombre, l’instant où disparaissent les détails superflus ou gênants. Mais on peut aussi effectuer la démarche inverse. L’artiste se focalise alors sur les éléments perturbateurs (...) C’est en poursuivant cette focalisation de manière conséquente que se crée une bogue qui va éclater – tel le craquellement de l’argile lorsqu’elle est très sèche – et que le noyau de la sensation historique “pure” voit le jour », poursuit Broucke (extrait du catalogue).

Une mise en perspective riche et précise.
La beauté de la guerre
Bibliothèque royale de Belgique
4 boulevard de l'Empereur
1000 Bruxelles
Jusqu’au 15 septembre
Du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 17h
www.kbr.be

















 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.