Tension dans l'espace chez Irène Laub

Caroline Roure
10 juin 2021

Irène Laub signe ­­­tense release stretch, une exposition monographique de l’artiste José Pedro Croft­­, une des figures de proue du renouveau de la sculpture contemporaine portugaise. José Pedro Croft ­­dit lui-même de son œuvre que celui-ci est avant tout un travail sculptural, bien qu'il utilise des moyens d’expression aussi divers que le dessin, la sculpture, la gravure pour figurer un nouvel espace, jouer avec la perception que l’on s’en fait, créer des superpositions de plans et produire des tensions entre des lignes. Son œuvre figure notamment dans les collections du Centre Georges Pompidou, du Musée d’Art moderne de Rio de Janeiro et du Centre d’Art moderne de Lisbonne.

En entrant dans la galerie, à gauche de l’entrée, on découvre, apposé sur le mur, un dessin qui mêle plusieurs techniques : encre de chine, gouache, acrylique, le tout recouvert de vernis. Cette œuvre se compose de différents plans colorés bleu, rose, violet qui se juxtaposent et rappellent l’installation que José Pedro Croft­­ avait produit pour la 57e Biennale de Venise en 2017. Dans le cadre de cet évènement, José Pedro Croft­­ avait présenté une série de sculptures composées d’acier, de verres colorés et de miroirs installées dans le jardin de la Villa Hériot. Ces sculptures reflétaient l’espace environnant et en modifiaient notre perception.

Le visiteur aura sans doute une attirance particulière pour les dessins sur papier qui figurent des superpositions de grilles et qui donnent ainsi l’impression d’être recouverts par une succession de voiles. Les superpositions des différentes grilles sont produites à l’aide d’un outil de traçage utilisé par les architectes. Ces dessins bidimensionnels expriment une volumétrie saisissante. L’impression de texture, de matérialité qui s’en dégage leur confère un réalisme troublant. Le talent de José Pedro Croft­­ se situe dans cette capacité à interroger notre perception de la réalité. L’espace nous semble un élément physique bien réel alors qu’il n'est pas exclu que celui-ci n'existe qu’à travers la perception que nous en avons. En troublant notre perception de l’espace, José Pedro Croft­­ nous propose une toute nouvelle lecture de la réalité qui ne peut qu’éveiller notre attention. Nous devenons actant de l’œuvre et sortons de notre atonie purement contemplative.

L’exposition ­­­tense release stretch n’est peut-être pas des plus faciles à comprendre au premier abord, mais dès que l’on prend le temps de pénétrer l’univers de José Pedro Croft­­, on est comme transporté et poussé à se questionner sur les fondements cognitifs de la perception de l’espace. Visiter ­­­tense release stretch, c’est repartir avec des questions existentielles, comme celle de se demander si le monde est réel, s’il possède une existence indépendamment de la représentation que nous en avons.

­­­José Pedro Croft
tense release stretch
Irène Laub
29 rue Van Eyck
1050 Bruxelles
Jusqu'au 17 juillet
Du mardi au samedi de 11h à 18h
https://irenelaubgallery.com/

Caroline Roure

Journaliste