Images du réel, chez Baronian Xippas

Caroline Roure
20 mai 2021

La galerie Baronian Xippas présente deux expositions simultanément : L’image au temps du négatif/positif, la cinquième exposition de l’artiste Wang Du à Bruxelles, qui met en exergue l’influence des médias sur nos vies ; ainsi que Ceramicarpet, une sélection de sept artistes venant d’horizons variés et rassemblés autour du désir d’expérimenter la tapisserie et la céramique. 

Wang Du est un artiste chinois qui vit en France depuis les années 1990. En 1989, il participe aux évènements de la place Tiananmen, ce qui lui vaudra un passage en prison de neuf mois, avant de se réfugier à Paris. Sa démarche artistique est essentiellement tournée vers une critique des médias dont il montre l’évidente hégémonie. Il dénonce le caractère polymorphique des images médiatiques. Les images tendent de plus en plus à désincarner les humains et les objets qu’elles sont paradoxalement en train de représenter. En réaction à ce polymorphisme, Wang Du essaye de donner de la tridimensionnalité à ces images, de montrer le poids des corps en mouvement. En partant d’images trouvées dans les journaux ou sur les réseaux sociaux, il leur donne du volume en les transformant en gigantesques sculptures en résine. Une de ses sculptures a pour sujet le pape François en train d’embrasser les pieds d’un malade du sida à l’hôpital Francisco-Muniz, en mars 2008. Cette sculpture suscite un sentiment d’empathie chez celui qui la regarde. On peut s’étonner de la capacité des images médiatiques à générer des émotions fortes. Une autre particularité de ces sculptures, c’est qu’elles respectent précisément le cadre de l’objectif photographique. Ainsi, si certaines parties des sujets représentées n’apparaissent pas sur les photographies, ­Wang Du ne les représente pas non plus, ce qui donne à ces œuvres une impression d’inachèvement.

Ceramicarpet, c’est l’occasion d’annihiler définitivement la frontière qui existe entre l’art décoratif et l’art contemporain, grâce à sept artistes qui montrent, avec une certaine humilité, combien le tissage et le travail de la terre peuvent être fascinants. On y découvre notamment le travail d’Aline Bouvy, qui explore la question des tabous. Elle présente une pizza en céramique, sur laquelle est déposée une série d’ingrédients qui évoquent des organes génitaux, des mégots de cigarettes, des seins, des spermatozoïdes. Cette pizza embrasse tous les paradoxes en ce qu’elle suscite en nous des sentiments antithétiques, à la fois de convoitise et de dégoût. Aline Bouvy ausculte notre inconscient collectif pour produire un art subversif qui nous met face à nos propres limites. On peut aussi y admirer le travail de tapisserie de Mekhitar Garabedian, qui se concentre sur la question complexe de la dimension culturelle du langage. Il présente ainsi un tapis sur lequel il a brodé des mots arméniens écrits à la fois en alphabet latin et en alphabet bicaméral. Le multiculturalisme, la transmission familiale, l’idée de perte de mémoire transgénérationnelle traversent son œuvre. Avec aussi des pièces de Larissa Lockshin, Zoë Paul, Tessa PerutzRy Rocklen et Wang Du.

L'Image au temps du négatif/positif
Ceramicarpet
Baronian Xippas
33 rue de la Concorde
1050 Bruxelles
Jusqu'au 5 juin
Du mardi au samedi de 11h à 18h
https://baronianxippas.com

Caroline Roure

Journaliste

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