Francis Dusépulchre : Lignes de faille 

Mylène Mistre-Schaal
08 avril 2021

Le monochrome vous ennuie ? Filez donc à la Patinoire Royale - Galerie Valérie Bach  pour en saisir toutes les nuances. Entre peinture et sculpture, les reliefs incisés de Francis Dusépulchre (1934-2013) soulèvent d’intéressantes lignes de faille. Autodidacte et inclassable, l’artiste wallon a fait le choix de l’abstraction géométrique à la fin des années 1960 et lui restera fidèle tout au long de sa carrière. Le langage des ombres met en lumière ses recherches spatiales et raconte comment ses reliefs monochromes n’ont cessé d’élargir le champ de l’art abstrait belge, déjà défriché par Jo Delahaut, Pol Bury ou Marthe Wéry.  


Oxymores visuels

Dans la plupart de ses œuvres, Francis Dusépulchre joue de l’oxymore avec un plaisir non dissimulé. On les croit orthogonales, mais leur lignes se dérobent à la rigueur géométrique. L’apparent monochrome est subtilement biaisé par le dessin d’une ombre, une variation de lumière. Les surfaces, faussement lisses, sont réveillées par la présence d’un discret relief, parfois tout juste esquissé, comme dans les Ondulations Spatiales, série développée dans les années 1970. Une véritable tectonique des plaques catalysée par de subtiles lignes de failles.

En trois dimensions (Buildongs), en plexiglas (série des Plexi muraux ou des Caissons plats) ou sur papier (Polymonochromes), ces œuvres nous évoquent tantôt le pli discret d’une jupe fendue, le coin écorné d’une page qui se tourne ou la cicatrice d’une rayure sur la perfection laquée d’un capot.


Chimères de polymère

Laque de carrosserie sur masonite, caissons de polymère, fibres optiques, fils de nylon… Dusépulchre explore les potentialités de la matière au moins autant que celles de l’espace. Matériaux innovants incisés ou galbés à la scie sauteuse, reliefs enchâssés dans des cubes de Plexiglas aux reflets transparents, intrusion de minispots halogènes, ses monochromes s’affirment comme autant de trompe-l’œil des temps modernes.  

Dans leur diversité de formes et de matières, une constante semble pourtant se dégager : l’importance de la ligne. De l’ondulation à l’entaille en passant par l’intégration de fils tendus à même la surface picturale, elle ne cesse de bousculer la sérénité implacable du monochrome. Dans la série des Transparences Monumentales (années 2000), elle s’affranchit définitivement de la surface plane. Enchâssées dans un cube de Plexi, les tiges d’acier qui la composent y déploient une calligraphie sensuelle, plus exubérante que jamais.

Minimaliste et mystérieux, complexe mais d’une économie de moyens simplissime, le travail de Francis Dusépulchre ne cesse de nous promener de l’ombre à la lumière. Une rétrospective que l’on traverse comme une journée de printemps. La météo y est changeante et les ombres, tels les nuages sur l’infinité d’un ciel bleu, surgissent et disparaissent, sans laisser aucune place à la monotonie.

Francis Dusépulchre
Le Langage des Ombres 
La Patinoire Royale - Galerie Valérie Bach
15 rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu'au 24 avril
Du mardi au samedi de 11H à 18h

www.prvbgallery.com

Mylène Mistre-Schaal

Journaliste

Historienne de l’art avec un goût prononcé pour l’art contemporain, Mylène Mistre-Schaal est collaboratrice régulière pour le magazine culturel Novo. Elle écrit également pour le city-magazine français ZUT et pour la revue Hermès. Co-autrice du livre L’Emprise des Sens aux éditions Hazan, elle s’intéresse tout particulièrement aux rapports sans cesse renouvelés entre l’art et les cinq sens. 

 

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