Découvertes de printemps à la Thalie Foundation

Gilles Bechet
29 avril 2021

La collectionneuse Nathalie Guiot expose dans sa fondation Thalie Foundation quelques-unes des perles acquises depuis 2008.

Pour cette courte mais dense exposition de printemps, Nathalie Guiot, fondatrice de la Thalie Foundation, dévoile une partie de sa collection. Des choix qui évoquent le sensible autour de la question du savoir-faire et du geste. Une cinquantaine d'artistes dialoguent aux cimaises de la très belle villa Art déco ixelloise. Tout commence dans les mystères de la matière. Une grande composition de Michel Blazy impressionne. Une cartographie hors du temps obtenue à partir de crème dessert, de lait concentré et la collaboration de quelques souris. Dans l'entrée, les deux balais enchantés de Sylvie Auvray qui associent textile et céramique sont sagement alignés en attendant un joyeux sabbat. Dans la bibliothèque, textile et natures mortes se font un paysage. Pascal Monteil déploie une grande broderie colorée pour conter par le fil, avec une grâce de fabuliste, le tragique destin des Juifs Marranes. La perruque-camion de Meschac Gaba évoque la consommation mondialisée quand l'Afrique de l'Ouest n'est plus qu'à un coup de volant ou de ciseau des marchés boursiers. Venue en résidence à la Fondation, après un accident en mer, la plasticienne italienne Elena Mazzi tire de son inconfort physique une poétique sculpture où une vertèbre en argent semble surnager dans un liquide amniotique en verre Murano. Gert et Uwe Tobias nous transmettent quelques éclats de sérénité dans leur superbe panneau de bois polychrome. Dans le grand atelier, l'accrochage se diversifie en formats et en techniques.

Alignés à hauteur de regard, les « modernes » Le Corbusier, Picabia et Dubuffet font figure de vieux sages. Ils font face aux panneaux de bois brûlé de Davide Balula dont le velouté et la brillance dégagent curieusement une impression d'apaisement. Côte à côte, une chambre obscure de Dirk Braeckman et une sculpture de bondage abstrait de Tatiana Trouvé font remonter à la surface des émotions troubles. Les stores californiens dorés à la feuille, Ann Veronica Janssens se laissent caresser par la lumière sans chercher d'histoire. Jouant avec les textures de la peinture et de la sérigraphie, Eva Nielsen dresse une pyramide de palettes en plein désert. Un monument dérisoire à notre soif de consommation. Anna Malagrida fait parler les mains dans une série de quatre photos à la beauté dépouillée. Le dernier mur fait la part belle aux portraits parmi lesquels un dessin au stylo plume de Matthias Augustyniak à la crudité ouvragée ou le portrait inquiet et languide de Chantal Joffe d'une femme semblant sortie d'un roman de Sagan. Le printemps s'annonce bien.

 

Spring
Thalie Foundation
15 rue Buchholtz
1050 Bruxelles
Jusqu’au 9 mai
Du mercredi au dimanche de 14h à 18h
www.fondationthalie.org

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.