Royaume mythique chez Galerie DYS

Caroline Roure
01 juillet 2021

La Galerie DYS signe There’s always a little pig in my pocket, la première exposition monographique du jeune artiste danois David Noro. Le titre se veut un clin d’œil à notre société de surveillance et le cochon une allégorie politique figurant la police. Toutes les œuvres présentées ont été réalisées entre 2020 et 2021. David Noro, étoile montante, expose dans plusieurs galeries à travers le monde, notamment à Londres, Amsterdam, Naples, Anvers et Copenhague. Il est à découvrir à Bruxelles jusqu’au 25 juillet.

Son travail artistique s’inspire du réel et prend racine dans des constats sociétaux. Dans Media Image II, la toile est investie d’images diverses qui se superposent les unes aux autres, brouillant ainsi leur lisibilité. Une tête de lapin, des cuisses de femmes tripotées par des mains, des langues, des oiseaux viennent encombrer notre compréhension. David Noro exprime à travers son œuvre l’hégémonie des médias et la surcharge informationnelle qui en découle. Dans certaines de ses toiles, des personnages à la tête démesurée apparaissent et représentent cette incapacité de la nouvelle génération à digérer et à assimiler toutes ces images.

Même si les motifs sont inspirés du quotidien, de drôles de personnages et des scènes de vie étranges et surréalistes surgissent dans ses toiles. Dans l’œuvre There’s always a pig in my pocket, deux personnages élancés, au crâne gonflé, tirent une sorte de valise dans laquelle un petit cochon est enfermé. Très expressif, le travail de Noro peut, à plusieurs égards, faire penser à la trans-avant-garde italienne, un courant proche du néo-expressionnisme, apparu à la fin des années 1970, qui libère la peinture de toutes contingences stylistiques. Les représentants emblématiques de ce mouvement sont, entre autres, Mimmo Paladino et Francesco Clemente avec leurs peintures expansives, à la fois figuratives et empreintes d’imaginaire.

Dans l’espace de la galerie, des peintures plus petites nous dévoilent des saynètes absurdes qui peuvent évoquer le théâtre de Eugène Ionesco. La palette de peinture, dans les tons froids, oscille entre gris et mauve et rappelle celle utilisée par du danois Hammershoi. Les représentations de scènes intérieures énigmatiques, habitées par des personnages désœuvrés, peuvent aussi faire penser à ce peintre intimiste danois de la fin du 19ème.  

Le travail de David Noro est puissant en ce qu’il arrive, à la fois, à s’inspirer de la réalité quotidienne et à nous transporter dans un royaume énigmatique. Toutes ses toiles sont d’une singularité impressionnante et ont un langage formel parfaitement reconnaissable. La capacité à constamment se renouveler à partir d’un vocabulaire systématique en fait un peintre incontournable à seulement vingt-huit ans. Une préférence pour la toile Vestre Laengsel qui mêle, avec virtuosité, textes, collages, animaux, personnages élancés à grosse tête, dans des couleurs étincelantes et froides. On admire cette grande détermination mise dans une peinture entre abstraction et figuration, entre réel et imaginaire !

There’s always a little pig in my pocket
Galerie DYS
4 rue de l’Arbre Bénit
1050 Bruxelles
Jusqu’au 25 juillet
Du jeudi au vendredi de 11h à 18h
Samedi et dimanche de 14h à 18h
https://www.galeriedys.com/

Caroline Roure

Journaliste