Coups de cœur à Saint-Gilles

Muriel de Crayencour
19 mai 2021

Saint-Gilles a été la première Commune bruxelloise à mettre en place un parcours d'artistes, dès les années 1980. Chaque deux années, les artistes ouvrent leur atelier ou leur habitation pour présenter leur travail, hors du circuit commercial des galeries. C'est toujours une occasion de belles découvertes et de belles rencontres. A la Maison du Peuple de Saint-Gilles, une exposition des coups de cœur du parcours 2020 vient de s'ouvrir pour quelques semaines. 

On y découvre six artistes (ou collectif), en commençant, au premier étage, par les très beaux portraits photographiques de Joanna Van Mulder. Avec quelques vêtements du quotidien, elle transforme son modèle en un personnage des temps anciens, dans le style des maîtres de la peinture flamande. Ainsi, un morceau de drap devient turban, un pull d'enfant, un col de dentelle sophistiqué... Etonnant et envoûtant. 

Mélanie Geray grave avec la technique de la manière noire. Peu de graveurs utilisent cette technique, sans doute parce que l’étape initiale est assez fastidieuse. Elle permet cependant d’obtenir d’inimitables noirs veloutés. Elle présente de délicats profils féminins, sombres et mystérieux : un visage caché sous un voile noir, une jeune femme au chignon tressé... une rencontre stylistique entre l'ancien et le contemporain

Sur toute la largeur du mur, Louise Hubinont présente une immense photographie qui semble pixellisée par sa découpe en dizaines de pages A4. C'est une capture d'écran d'une scène du film La Boum, où l'on voit le visage de Vic, l'héroïne. Louise Hubinont travaille sur les émotions, celles qui la traversent, celles qu'elle capte dans son environnement.

Un collectif de sérigraphes, Ice-Screen, est aussi présent au premier étage. "Étant un collectif de cinq personnes, chacun a ses propres inspirations et influences, qui sont assez différentes. Nous sommes tout simplement passionnés d’images en général, quelles qu’elles soient. Ainsi, nous avons déjà travaillé autour des papiers découpés mexicains lors de notre exposition à la galerie Calaveras en 2017, des affiches de cinéma bis au festival Grindhouse Cult en 2015, ou encore du thème du double pour notre livre collectif Double Trouble", racontent-ils. L'un des membres du collectif, Raphaël Deval, présente au fond de la salle des fêtes de complexes papiers découpés, qui élaborent des forêts touffues ou des fonds marins graphiques. 

Après cette salle dédiée aux portraits, montons un étage de plus, dans la salle des fêtes. Sur la gauche, Philippe Pinckaers a créé un espace à la fois ouvert et clos, une sorte de cabane dont les murs sont faits de ses peintures de nus d'après modèles. Pinckaers s'est mis à la peinture il y a seulement 6 ans, à 65 ans. Il a commencé à peindre d'après modèle aux Ateliers Volger, à Schaerbeek. Des dizaines de nus, donc, aux couleurs franches, parfois presque sculptés par son coup de pinceau. Une recherche presque infinie sur la forme, le corps, la carnation. Une série plutôt impressionnante pour un si jeune peintre ! Au centre de cet espace, il a posé une chaise, sur laquelle parfois il s'assied pour attendre le visiteur. Vous pourrez aussi découvrir d'autres de ses peintures, dont de très réussies vues d'intérieur.

Hugo Bonamin présente deux grands toiles à plat, sur de hauts supports. Il faut monter vers la mezzanine pour découvrir la texture épaisse, complexe et brillante, traçant comme des cartes : routes, champs et plaines. L'artiste les décrit comme des territoires. 

Coups de cœur
Parcours d'Artistes 2020
Maison du Peuple
Jusqu'au 6 juin
Du lundi au vendredi de 13h30 à 16h30
Samedi et dimanche de 14h à 18h
Uniquement sur réservation au 02/534.56.05
saintgillesculture.brussels

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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