#Hell à la galerie Dys

Manon Paulus
01 avril 2021

À la galerie Dys, Bruno Hellenbosch a déposé ses bois gravés où se bousculent sans gêne symboles, icônes, logos et références à l'histoire de l'art. Raz-de-marée visuel et jeu de cache-cache, l'exposition Woodcut est à voir jusqu'au 11 avril.

Il suffit qu'un rayon de soleil entre dans la galerie et la lumière trouve son chemin jusque dans les reliefs labyrinthiques des bois exposés pour l'occasion. À la place des impressions, ce sont les matrices que l'artiste a décidé de présenter, très sobrement posées contre le mur sur des tasseaux de bois. Un accrochage simple, décidément fait pour nous rappeler la lourdeur du matériau et la difficile tâche de creuser pour faire apparaître. C'est toujours avec fascination que l'on explore ce qui est habituellement tenu secret. Là où se situerait le vide après l'impression, il y a toute une vie qui grouille, une richesse dans le traitement du bois tailladé en rythme. On imagine bien la confrontation avec la matière, ses résistances, les accidents et les surprises qui en découlent. On sent une pratique armée de patience qui contrebalance cette sensation de frénésie contenue dans les gravures. Une tentative de digérer ce trop-plein d'images qui se déverse sur nous au travers des écrans, par un travail long et fastidieux.

L'exposition met côte à côte un an de travail, des œuvres réalisées en 2020 pendant la pandémie et dont on suit l'évolution. De plaques saturées par les références et les citations, on arrive à des relectures plus simplifiées de l'histoire de l'art, de Cranach ou de Botticelli. Graveur, il passe également par la peinture pour développer ses stratégies visuelles. Il s'attache à multiplier les couches et les juxtapositions pour brouiller le regard. Ces agrégats incongrus offrent une résistance sur laquelle glisse le sens. Chacun s'accroche alors à des prises là où il peut. Un pacman se glisse dans L'Annonciation de Fra Angelico, une vénus de Willendorf pose avec Marat assassiné, le duc d'Urbino conspire avec un smiley, et ce #Hell qui revient comme rappel de l'état du monde. Sous sa gouge, des images de cultures et d'époques éloignées se fondent dans la grande fresque de l'humanité.

Bruno Hellenbosch
Woodcut
Galerie DYS
84 rue de l'Arbre Bénit
1050 Bruxelles
Jusqu'au 11 avril
Sur rendez-vous
http://www.galeriedys.com/

 

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.