Benoît Maire, le voyageur immobile

Gilles Bechet
18 mars 2021

Chez Meessen De Clercq, l'artiste français Benoît Maire présente une série de travaux récents comme une invitation à se perdre dans les nuages pour mieux se retrouver.

Benoît Maire est un météorologiste de l'âme. Il peint des nuages immobiles qui flottent comme des idées dans le flux de la pensée. Dans le ciel de sa peinture, tout est beauté, détachement et tranquillité. Pour sa troisième exposition à la galerie, l'artiste français propose des peintures et quelques sculptures. Il y a une qualité méditative et contemplative dans son regard. S'il approche les nuages, formes mouvantes et inaccessibles, c'est rarement avec la même touche picturale. Sa matière est tantôt diluée et coulante, tantôt épaisse gardant l'empreinte du pinceau. Ses choix de couleurs, des roses ou des orange lumineux ou un fond beige doré semblable à un tissu de soie, nous font voyager en Orient. L'autre figure récurrente est celle du cheval, un animal qui traverse au trot l'espace de la toile sans s'arrêter, comme un cheval de carrousel. D'autres œuvres voient apparaître une main empruntée à une peinture de Roger van de Weyden. L'index tendu vers le haut, elle semble indiquer le ciel où se déplacent silencieusement les nuages et où viennent se nicher bien des rêves. Dans la géométrie d'une arcade et dans la rigueur de la composition, on peut trouver des allusions aux peintures religieuses de la Renaissance.

Le temps intérieur, celui de la méditation comme celui de l'histoire, s'invite également dans sa peinture. Le ciel est le lieu même de l'impermanence autant que celui de l'éternité. La très belle sculpture qui trône dans une des salles porte aussi l'empreinte de l'instabilité du temps. L'artiste a tiré de l'anonymat une vieille chaise métallique d'extérieur à la peinture écaillée pour en faire le siège de ses questionnements métaphysiques. Un des pieds, scié, est remplacé par un délicat assemblage sculpté qui porte une jambe en équilibre fragile, figée entre deux mouvements.

La mesure du temps est aussi le thème d'une jolie exposition curatée par Benoît Maire dans la wunderkammer au sous-sol. Premier volet d'une proposition en trois parties, elle crée un dialogue elliptique entre les travaux d'Etel Adnan, Imogen Cunningham, Jessica Hans, Alain Lestié et Evariste Richer.

Benoit Maire
My Horse for a shore
Meessen De Clercq
2a rue de l’Abbaye
1000 Bruxelles
Jusqu’au 10 avril 
Du mercredi au samedi de 11h à 18h
www.meessendeclercq.be

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.