Au creux de la main d'Arthur Aillaud

Gilles Bechet
26 février 2021

L'artiste français Arthur Aillaud présente à la Galerie La Forest Divonne à Bruxelles une exposition mosaïque qui fouille le sol pour créer une intrigante narration inachevée. A voir jusqu'au 6 mars.

Qui fouille ramène toujours quelque chose. Des objets, des bouts d’histoire, des fragments de mémoire et de fiction. Dans la deuxième exposition d'Arthur Aillaud à la Galerie La Forest Divonne, les peintures et sculptures racontent une singulière histoire. Il pourrait s'agir d'archéologie. Il y a les archéologues qui grattent le sol, il y a les champs de fouilles et les ruines. Mais surtout, il y a les mains, des mains qui tiennent le pinceau comme en peinture. Des mains qui excavent une histoire à partir de la matière. Des mains qui soignent, qui caressent le sol et tout ce qu'il contient plus qu'elles ne le blessent. Une des grandes forces de l'exposition, c'est son ensemble, sa fragmentation. En juxtaposant différents formats, les angles, les plans et les points de vue, il tisse une narration invisible et inachevée entre ses images. On ne sait pas si les ossatures de béton modernistes qu'il peint comme un décor de théâtre sont des ruines ou des constructions en devenir. Pour distiller le trouble, l'artiste en fait des temples. Chaque peinture prise séparément allie avec une économie de moyens une maîtrise de la forme à une subtilité de la touche picturale posée dans une huile largement délayée qui confie les éclats de lumière aux réserves dans la toile. Pour se convaincre de la sensibilité de la touche, il nous a laissé une série de dessins petit format au crayon de couleur, réalisés pendant le confinement. Privé de l'accès à son atelier, Arthur Aillaud a dessiné sur les supports papier qui lui tombaient sous la main des petits dessins qui parfois reproduisent le sujet de ses peintures. Enfin, au milieu de la galerie, l'artiste présente également, comme dans une salle de musée, des objets et artefacts qui pourraient être les produits de la fouille. Façonnés en carton, bois et fil de fer trempés de barbotine, ce sont des objets étranges qui n'ont pas de fonction apparente et qu'on ne parvient pas à lier à une époque ou une civilisation particulière. Par moments, on peut y voir de vagues échos de la sculpture moderniste et constructiviste. Sinon, ils sont juste là comme un trait d'union entre deux réalités. C'est la première fois qu'Aillaud montre en public ses sculptures initialement conçues comme des maquettes pour des tableaux et qui maintenant ont pris leur autonomie.

Disposées comme les pièces d'un puzzle incomplet, les sculptures, dessins et peintures d'Arthur Aillaud façonnent les contours d'un passé à inventer.

Arthur Aillaud
Sol
Galerie La Forest Divonne
66 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 6 mars
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.galerielaforestdivonne.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.