Le printemps de Laure Prouvost

Gilles Bechet
22 avril 2021

L'artiste française Laure Prouvost salue l'arrivée du printemps et son installation à Molenbeek par une exposition qui bourgeonne à tous les étages de la galerie Nathalie Obadia.

Un poireau sort du pot d'échappement. Des vitamines pour remplacer l'acre fumée des combustibles fossiles. Une fleur grimpante qui s'insinue entre deux fesses rebondies. Un printemps que rien ne semble pouvoir arrêter. Toute l'exposition de Laure Prouvost à la galerie Nathalie Obadia fleurit sous le signe du printemps et du renouveau.

Ici, la succession de peintures, sculptures, tapisserie et installations concourent à la création d'une œuvre globale qu'on parcourt comme on feuillette les pages d'un livre ou comme si l'on marchait dans un univers qui obéit à ses lois propres. Il serait vain d'extraire une pièce de son ensemble tant chaque élément participe à l'écriture d'un voyage poétique et onirique. Le voyage commence par le rez-de-chaussée, un ancien garage qui est occupé par une banale petite voiture noire reconquise par la nature où l'artiste a glissé des allusions à ses œuvres précédentes.

Sur le mur, un film est projeté, tourné à Molenbeek, où Laure Prouvost a désormais établi son atelier. On y voit les habituels détritus urbains, canettes et emballages divers alors qu'en bande son, on entend le flow d'un rap qui revendique à la cool la puanteur des détritus, qui sont devenus comme une seconde peau pour la ville et certains de ses quartiers. A l'étage, des peintures se confondent avec les feuilles de lierre en pot qui grimpe sur des treillis. La sensualité et l'érotisme des corps féminins se confond avec la végétation mais aussi avec des lianes d'un autre type que sont les fils électriques. Au centre de la pièce, un lustre suspendu au-dessus du sol. Il dégouline d'algues et de déchets comme s'il venait d'être extrait du canal. Tous ces éléments, parmi lesquels on reconnaît un amas de moules en clin d'œil à Marcel Broodthaers, ont été réalisés en pâte de verre par le verrier vénitien Berengo.

A l'étage, une des pièces maîtresses de l'exposition, une grande tapisserie, réalisée à Courtrai dans la plus grande tradition de la tapisserie flamande. L'artiste, comme à son habitude, a truffé son carton d'allusions à son œuvre actuelle et passée. Des corps féminins dans le ciel, des fers à béton que se disputent des fleurs grimpantes, une théière, des légumes qui tombent du ciel et des prises électriques en trompe-l'œil. Au bas de la tapisserie comme sur la plaque minéralogique de l'auto, l'artiste fait inscrire « It's a sign of Dog of God », une citation de son installation vidéo, Wantee, qui lui a permis de décrocher le Turner Prize en 2013, où elle partait à la recherche de son grand-père fictionnel qui aurait disparu dans un tunnel creusé entre le nord de l'Angleterre et l'Afrique du Sud. Au dernier étage, l'espace se dépouille pour laisser le visiteur en dialogue avec deux nids d'hirondelles en céramique coincés dans l'angle de plafond. Ils sont trop haut pour que l'on distingue ce qui se cache à l'intérieur, mais c'est une promesse d'un envol à venir. D'un renouveau en devenir.

Laure Prouvost
Reaching hi her grounds from the rub he she we grow
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 mai
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.nathalieobadia.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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