Une œuvre de Jordaens retrouvée à Saint-Gilles

Muriel de Crayencour
09 décembre 2020

Une œuvre de première importance du maître baroque anversois Jacques Jordaens (1593-1678) a été retrouvée dans l’hôtel de ville de Saint-Gilles à Bruxelles. C’est l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) qui a fait cette incroyable découverte lors d’un inventaire mandaté par urban.brussels en 2019.

Accroché dans le bureau de l'échevin de l'urbanisme depuis près de 60 ans. Cette peinture faisait partie des collections d'un peintre bruxellois du 19ème, Léopold Speeckaert, offertes par testament à la commune de Saint-Gilles. Constantin Pion, historien de l'art, attaché à l'IRPA, l'a repéré lors de cet inventaire. Ce dernier pense qu'il s'agit d'une copie, comme l'indique l'inventaire. Pourtant, quand il grimpe sur le meuble qui se trouve face à l'œuvre et qu'il retourne le tableau, il découvre les marques de la Guilde de Saint-Luc d'Anvers, un label de qualité de la même guilde, ainsi qu'un monogramme, G et A, du pannelier qui a fabriqué des panneaux pour des artistes tels que Van Dyck et Jordaens. L’analyse minutieuse de ce panneau révèlera que le bois utilisé provenait du même arbre que celui employé par le jeune Antoine van Dyck (1599-1641) – autre maître de la peinture baroque – dans plusieurs de ses compositions. Cela renforce l'hypothèse que les jeunes Jordaens et Van Dyck étaient actifs simultanément dans l'atelier de Rubens.

Aujourd'hui, le précieux panneau peint est authentifié comme la version la plus ancienne connue d’une composition de La sainte famille que Jordaens réutilisera dans trois autres tableaux conservés dans les prestigieux Metropolitan Museum de New York, Ermitage de Saint-Pétersbourg et Alte Pinakothek de Munich. C’est la collaboration scientifique entre l’IRPA, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) et les experts internationaux du Jordaens Van Dyck Panel Paintings Project qui permet aujourd’hui, après plus d’un an de recherches approfondies, d’attribuer avec certitude cette œuvre à Jacques Jordaens, aux alentours de 1617-1618.

Âgée de plus de 400 ans, La sainte famille découverte à Saint-Gilles va bénéficier, au sein de l’IRPA, d’une vaste campagne de restauration d’un an financée par urban.brussels. Les vernis jaunis et les retouches assombries seront enlevés tandis que le parquetage à l’arrière du panneau sera traité afin d’éviter de nouvelles fissures ou de pertes de peinture. En parallèle de la restauration, des analyses supplémentaires viendront compléter les connaissances autour de la méthode de travail et de la technique picturale du jeune Jordaens. Cette restauration garantira la conservation durable de ce chef-d'œuvre pour les générations futures. Fin 2021, le public pourra découvrir le tableau dans tout son éclat et ses couleurs d’origine aux MRBAB, où il sera exposé au cœur d’une des plus importantes collections de Jacques Jordaens au monde.

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.