Il ne reste que trois jours – et nous aurions dû vous en parler bien plus tôt tant elle est formidable – pour voir l’exposition de Pierre Liebaert chez Archiraar. Dans les deux espaces de la galerie, le jeune photographe belge présente deux séries de clichés. Et une seule enquête sur l’humain.

Ainsi, dans le White Cube, Je crois aux nuits montre au travers de photographies prises lors de plusieurs carnavals et rituels populaires comment l’homme célèbre les différentes phases d’une année : le rythme des saisons, les phases de la lune, … Le carnaval est le point d’orgue de ces rituels, avec ses travestissements, mascarades, processions et autres événements. S’y disent ces différents passages, dont certains remontent à la nuit des temps. Les photographies de Pierre Liebaert (Mons, 1990) isolent et pointent ici un homme recouvert de farine, là, le long nez rouge d’un masque, plus loin une silhouette couverte d’une bure de moine. Cette mise en images accentuent le côté sacré et puissant de tous ces rituels. Elle nous les montre ! On y voit de nouveau le lien intense avec ce qui occupe encore et toujours les femmes et les hommes, derrière le bruit sans fin du monde contemporain: la mort, la sexualité, la joie, la peur, …

Passons au Black Cube, où il s’agit de la même chose peut-être : une quête humaine. Ici, le jeune photographe a cherché, via des sites de rencontre, des modèles qui seraient d’accord de poser nus mais masqués, pour lui, dans un lieu de leur choix. Etrangement, il n’y eut que des hommes qui répondirent. Dans des hôtels un peu miteux, chacun de ces hommes a été photographié et filmé. Plutôt âgés, le corps fatigués, un masque de papier ou un bas de femme sur le visage, ils sont couchés sur le lit, sur la moquette, assis, … Une vidéo poignante accompagne l’exposition. Ces hommes parlent. Ils cherchent un lieu de répit en dehors du rythme du quotidien, certains cherchent à exprimer une homosexualité non avouée à leur épouse. Certains se masturbent. Au delà de l’évident lien à la sexualité, tous semblent vouloir dire : regardez-moi, regardez-moi ! Regardez mon corps, ma chair, ma carcasse, de quoi je suis fait ! Et c’est sans doute cela qu’ils sont venus chercher dans cette expérience. Aucune femme n’a répondu à l’annonce. Peut-être sont-elles déjà trop regardées. Ce regard sur le corps manquent aux hommes, dès l’enfance. Au-delà de l’étonnant reportage, des photographies magnifiques de Liebaert, ce qui touche, c’est cette douloureuse quête. Cette partie de l’exposition s’appelle Libre maintenant, un message reçu par le photographe lors de l’organisation d’un de ces rendez-vous secrets. Précipitez-vous !

Pierre Liebaert
Archiraar Gallery
31 A et 35 A rue de la Tulipe
1050 Bruxelles
Jusqu’au 15 juin
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.archiraar.com

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Pulvis, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Je crois aux nuits, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert, Je crois aux nuits, courtesy l'artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert, Je crois aux nuits, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Libre maintenant, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Libre maintenant (film), 2015, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Until death do us part, 2017, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

Pierre Liebaert

Pierre Liebaert, Curtain, 2015 et Blue, 2013, courtesy l’artiste et Archiraar Gallery

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