L’artiste japonaise Chiharu Shiota revient à la Galerie Templon avec une exposition intime et personnelle où elle exorcise son combat contre le cancer en se confrontant à la chape obscure de la mort.

C’est une masse sombre tapie au fond de la galerie. Des nuages de fils noirs sont accrochés au plafond. Ils lâchent une pluie de fils tendus comme des hachures qui tombent droit sur un amoncellement de parapluies noirs, eux aussi. Enchevêtrés comme des carapaces de crustacés, les pépins s’étalent sur le sol et grimpent dans l’angle du mur comme pour s’échapper et conquérir de nouveaux territoires. Cette fois, l’installation fait bloc, et sembler menaçante. Le visiteur ne peut que rester à distance pour ne pas déranger ou contaminé.

La nouvelle installation de l’artiste japonaise Chiharu Shiota à la Galerie Templon est une métaphore intime et personnelle de son combat contre le cancer. Après une première bataille il y a quatorze ans, elle a dû faire face à une récidive. Fini les thématiques habituelles plus mélancoliques où des clés, des valises ou des barques enfermés dans une nasse inextricable de fils dessinent un rébus poétique. Il y avait pour elle une urgence inédite d’éloigner les sombres nuages de la confrontation avec la mort pour exprimer ses émotions et l’espoir d’une vie qui retrouve ses couleurs. Au sommet de chacun des parapluies, un agrégat de petites formes sphériques grisâtres est agglutiné. On ne saisit pas très bien de quoi il s’agit, mais elles ont un caractère organique comme si l’artiste les avait extirpées de son propre corps pour exorciser le drame auquel elle faisait face. On retrouve ces mêmes éléments dans une belle sculpture en bronze doré où elles reposent sur la paume de ses mains tendues. Au sein de la matière même de ces excroissances organiques, on entrevoit des capsules de médicament telles des douilles ramassées sur une scène de crime.

Chiharu Shiota poursuit son auto-fiction artistique dans une série de dessins au crayon gras et à l’aquarelle. Des parapluies pour protéger une silhouette solitaire de la pluie noire, une masse de cellules en suspension au dessus d’un corps étendu. Le trait d’un délicat fil rouge vient colorer le trait sombre et colorer une vie en suspension. L’exposition se complète par des compositions au fil qui d’un coup prennent une nouvelle dimension. Une pluie tendue de fil blanc est annonciatrice du retour de la vie, alors qu’une grande composition au fil rouge qui fait face à la sculpture aux mains tendues prend un caractère organique, comme un échantillon de sang sur une plaque de microscope. L’art est un puissant médicament.

Chiharu Shiota,
Black Rain
Galerie Templon

13 A rue Veydt
1060 Bruxelles

Jusqu’au 1er juin
Du mardi au samedi de 11h à 18h
https://www.templon.com

Shiota

Chiharu Shiota, In the hand, 2019, Courtesy of Galerie Templon, Paris – Brussels

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Chiharu Shiota, Connection, 2019, Courtesy of Galerie Templon, Paris – Brussels

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Chiharu Shiota, Black Rain, 2019, Courtesy of Galerie Templon, Paris – Brussels

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Chiharu Shiota, Black Rain, vue d’exposition, photo Isabelle Arthuis, Courtesy of Galerie Templon, Paris – Brussels

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