La galerie LeeBauwensArtLoft offre ses murs à Ode Bertrand pour sa deuxième exposition en Belgique. Un espace qui souligne la beauté d’un travail où tout est affaire de vide et de plein, de rythme, de silence et de mélodie.  Expression pure d’un travail d’exécution exigeant et rigoureux, le trait domine, et dans le dessin et dans la peinture.

A Paris vit une femme qui continue de penser que l’art « est fait pour nous élever un peu ».  Enfant de l’abstraction géométrique et de l’art concret, mouvement artistique essentiel du XXe siècle autant que quête philosophique et métaphysique, Ode Bertrand (1930) poursuit d’abord une carrière de danseuse classique. Puis œuvre longtemps avec sa tante, Aurélie Nemours, dont elle devient disciple tout en affirmant un itinéraire singulier qu’elle unit à une réflexion sur la place de l’art.  Son leitmotiv est le trait, et elle le revendique. Appuyé ou imperceptible, le plus souvent de faible épaisseur, un trait multiligne, dans une pratique constante, intimiste et patiente. A demi-mot, le plaisir du geste est là. Car on devine aisément le mouvement de la main, ses multiples allers et retours vers la toile ou le papier, l’observation de l’artiste et cette envie d’atteindre la perfection. « C’est si beau, un trait. Je me mets à mon travail heureuse. » Ode Bertrand, c’est aussi le trajet, c’est l’exécution de chaque tableau.

Elle limite souvent sa palette au noir et au blanc, malgré de nombreuses et belles incursions dans la couleur. Des couleurs d’alchimiste, d’ailleurs, tant les nuances d’un même ton semblent relever plutôt d’effets de lumière que d’un travail au pinceau. De la netteté à l’évanescence, elle en gradue savamment la présence. Ses miniatures ont la précision des enluminures, la force en plus. Car c’est dans ces formats de 10 x 10 cm qu’elle concentre la puissance et le mystère du trait, qu’elle tisse d’infinies modulations à partir de grilles qu’elle superpose. Délicates, elles veulent être regardées de près et atteignent l’âme du spectateur. A l’origine, enluminer signifie mettre en lumière un texte. Ode Bertrand n’oublie jamais la lumière, aussi préfère-t-elle que ses œuvres ne soient pas trop denses, afin de toujours laisser la place à un jet de clarté.

L’exposition montre des pliages, ses créations les plus récentes. Comment naissent-elles ?  Tout commence dans la bulle de son atelier parisien où elle, si précise, laisse entrer un peu d’aléatoire. Elle prend un ruban qu’elle jette sur le sol. Malmené par le hasard et l’apesanteur, il prend toutes sortes de formes qui vont inspirer les pleins et les déliés d’une nouvelle écriture, qu’elle fixera et fera danser sur la toile. Ici, le trait s’élargit, s’épaissit. Texturé, il intègre ces nuances de ton qu’Ode aime utiliser dans ses œuvres colorées. Nous avions eu le plaisir de voir sa première exposition à la galerie en 2015. Cette nouvelle rencontre est tout aussi remarquable.

Ode Bertrand, la discrète
Art’Loft – Galerie Lee-Bauwens
36 rue du Charme
1190 Bruxelles
Jusqu’au 25 mai
Du mardi au samedi de 14h à 18h
www.artloft.eu

Ode Bertrand

Ode Bertrand, Angles noirs Modulations Jaunes, 2018, courtesy l’artiste et galerie Lee-Bauwens-Art’Loft

Ode Bertrand

Ode Bertrand, courtesy l’artiste et galerie Lee-Bauwens-Art’Loft

Ode Bertrand

Ode Bertrand, Pliage XII, 2018, courtesy l’artiste et galerie Lee-Bauwens-Art’Loft

Ode Bertrand

Ode Bertrand, vue d’exposition, 2019, Lee-Bauwens Gallery

Ode Bertrand, Atelier parisien, courtesy the artist and he gallery

Ode Bertrand, Atelier parisien, courtesy l’artiste et galerie Lee-Bauwens-Art’Loft

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