Après avoir inauguré un centre d’art privé dédié à la sculpture, en 2011, dans un bien bel écrin situé à l’Isle-sur-la-Sorgue, la Fondation Villa Datris (créée par Danièle Kapel-Marcovici et Tristan Fourtine) a entrepris dès 2014 d’accroître le rayonnement de sa collection développée au fil des expositions en ouvrant un second lieu à Paris. A la fois intime et clair, avec son patio et ses structures métalliques, l’Espace Monte-Cristo est un superbe endroit de 250 m² niché au cœur du XXe arrondissement. Libre d’accès, il offre actuellement au public de découvrir une sélection d’œuvres textiles montrées l’été dernier en Provence. Tissage, tressage… quand la sculpture défile à Paris ! est le titre d’une exposition qui réunit 27 artistes, parmi lesquels Caroline Achaintre, Rina Banerjee, Pierre Daquin, Sheila Hicks, Chiharu Shiota, Meschac Gaba, Annette Messager, Laure Prouvost ou encore Joana Vasconcelos. Balade non exhaustive au cœur d’une proposition très réussie, d’une grande homogénéité, qui met en exergue l’émancipation contemporaine du tissage.

Se situant toutes à la frontière du tissage et de la sculpture, les œuvres présentées se déploient au gré d’un parcours articulé autour de trois thèmes : « Tradition et modernité », « Identités
textiles » et « Tisser le monde ». Parfois sous forme de pièce murale, comme celle de Christian Jaccard, sobrement fidèle aux problématiques du mouvement Supports/Surfaces, parfois
sous forme de mise en volume d’objets ordinaires, telle l’œuvre surprenante de Lilian Bourgeat, Corde à nœuds, réalisée en 2018. Cette corde rouge vif surprend non seulement par son
surdimensionnement, qui lui ôte toute fonctionnalité, mais aussi par son installation – elle est enroulée autour d’un pilier en bois – qui laisse perplexe quant à la manière dont le nœud a bien pu être fait. Un nœud qui semble s’extraire directement du mur de la pièce et qui fusionne avec ces origines inconnues, que l’on découvre à la frontière entre deux domaines incompatibles, dans une sorte de surréalisme sculpturo-architectural qui fait penser à la création d’Henrique OliveiraAnémochories, exposée au Palais de Tokyo entre 2013 et 2016. Enigme sculpturale et changement d’échelle sont deux des caractéristiques qui participent à la diversité des dispositifs imaginés par les 27 artistes invités.

En envisageant pour sa part une dimension participative, Anne Lacouture propose une œuvre qui n’est pas définitive. Onantsira est en effet un work in progress dont elle indique qu’en avril 2018, il s’étendait en l’état sur environ deux mètres carrés. L’œuvre se compose d’une trame de fils épais, sur laquelle sont cousus de petits « sas » de papier ; initialement mis à la disposition du public, invité à y écrire des messages, ces bouts de papier sont peu à peu ajoutés à l’œuvre. Outre son caractère évolutif, la pièce se démarque par une approche sentimentale, ce qui vient ancrer la démarche à la limite de l’écoumène, pour ne pas dire à celle d’un écosystème singulier réunissant la création, des matériaux interactifs et le spectateur-acteur.

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Médias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article sur http://artshebdomedias.com/

Villa Datris

Lilian Bourgeat, Corde à nœuds, photo F. Caruana

Villa Datris

Marinette Cueco, Hivernages ! Pelotes et fagots, photo Bertrand Hugues

Villa Datris

Christian Jaccard, Outil tresse, photo F. Caruana

Villa Datris

Chiharu Shiota, State of Being (Globe), et Anne Lacouture, Onantsira, photo Espace Monte-Cristo

Villa Datris

Antonella Zazzera, Armonico LXXXV, photo F. Caruana

 

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