La vidéo de Banksy en train d’installer son petit étal de peintures à l’huile dans les rues de Venise, qui finit par être évacué car il n’a pas de permis, que l’artiste a partagée sur son compte Instagram le 22 mai, continue d’être commentée ardemment sur les réseaux sociaux. Retour sur un nouveau coup de maître de cet artiste qui se revendique hors marché et l’illustre régulièrement.

Si ses pochoirs sont aujourd’hui bien connus du grand public, l’artiste se fait régulièrement remarquer par des performances qui sont toujours en marge du réseau de l’art et de son marché. Ainsi, en octobre 2013, il installe un petit stand de vente près de Central Park, à New York. On y trouve une série de pochoirs sur toile, mais aucune signature. L’homme chargé de la vente ne vendra que 7 toiles, pour un montant total de 420 €, alors qu’à l’époque, selon le site Street Art News, la valeur d’une des plus petites toiles exposées est estimée à environ 20.000 livres – soit un peu plus de 23.500 euros. L’idée étant bien évidemment de dénoncer le marché de l’art et ses dérives.

En octobre 2018, un de ses tableaux s’est autodétruit devant un public médusé, juste après avoir été vendu aux enchères pour plus d’un million d’euros chez Sotheby’s à Londres. A peine le marteau vient-il de clôturer la vente de l’œuvre – une reproduction en peinture acrylique et aérosol de l’une des plus célèbres images de Banksy, Girl with Balloon, montrant une petite fille laissant s’envoler un ballon rouge en forme de cœur – que retentit une alarme intermittente, provenant du cadre. La peinture se fait partiellement découper en fines lamelles par une broyeuse à papier dissimulée, selon Sotheby’s, dans un épais cadre doré… le résultat final laissant apparaître ce dernier à moitié vide, la partie découpée de la toile pendouillant dessous.

Des expos Banksy ?

Nous ne reviendrons pas sur les différentes expositions censément organisées par Banksy, comme on a pu en voir à Anvers, en janvier 2017. Pour visiter The Art of Bansky, il fallait s’acquitter d’un ticket d’entrée à 20 €. Ni d’un projet similaire à Bruxelles, Banksy Unauthorized, fin 2018, dans l’ancien Delhaize Molière d’Ixelles, où s’est installée Strokar Inside, une plateforme dédiée au street art. Son inénarrable coorganisteur, Fred Attax (fondateur, avec Alexandra Lambert – CEO de Mad Brussels, fashion and design Platform, de l’asbl Strokar en mars 2016), qui n’hésite pas à injurier les journalistes qui l’interrogent sur la qualité artistique de son projet, expliquait à un confrère de la RTBF qui lui demandait si Banksy cautionnait ces expositions, que souvent l’artiste ne répondait pas à ses messages… Il suffit en fait de visiter le site de l’artiste pour y trouver une notice très claire : « Members of the public should be aware there has been a recent spate of Banksy exhibitions none of which are consensual. They’ve been organised entirely without the artist’s knowledge or involvement. Please treat them accordingly. » Mais l’idée de renflouer les caisses de l’asbl semblait primer. Pourquoi se gêner et dans le même moment écraser tout ce que revendique Banksy : la liberté de créer hors du marché. Les œuvres présentées, apparemment prêtées sans le consentement de leurs propriétaires, furent saisies le 23 novembre par la Justice et nous avions eu droit à un petit scandale bruxellois absolument savoureux !

A Venise

Nouvelle action durant la semaine d’ouverture de la Biennale de Venise. Caché sous une casquette – on ne connaît toujours pas l’identité de Banksy -, l’artiste (mais est-ce bien lui ?) installe un ensemble de toiles sur des chevalets de bois. Mises côte à côte, celles-ci forment une seule image. On y voit un énorme navire de croisière mouillant au milieu de la cité des Doges, entouré de quelques gondoles façon Canaletto. Sur le côté, un petit panneau annonce Venice in oil. Le terme exact en anglais pour dire peinture à l’huile, c’est oil painting. Ici donc, le jeu de mots désigne le désastre provoqué par le passage de ces grands navires dans Venise et les rejets de pétrole dans la lagune.

Le geste est politique. Banksy dénonce. Il dénonce régulièrement les dérives du marché de l’art, des marchés financiers, du monde tel qu’il tourne aujourd’hui. Et bien évidemment, il est sans doute ravi d’être alpagué par des policiers parce qu’il ne possède pas de permis de vendre des objets dans les rues de la ville. Bien joué, vraiment. Il faut noter que l’artiste prépare ses interventions et les met en scène sans autre plaisir que de les jouer ! On aime vraiment beaucoup.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.