Renos Xippas a, dans sa vie, ouvert douze galeries dans son long parcours au service des artistes. Depuis le 4 avril, il s’est associé avec Albert Baronian pour ouvrir son antenne bruxelloise, Baronian Xippas. Retour sur le parcours d’un entrepreneur international et audacieux.

Renos Xippas naît au Caire en 1948 dans une famille juive d’origine grecque. En 1956, la crise du canal de Suez incite sa famille à fuir et à s’installer en Uruguay. A 20 ans, il veut travailler dans le monde de l’art. Son oncle, le galeriste Alexandre Iolas, un des premiers à exposer René Magritte,
Roberto Matta, Ed Ruscha, Jean Tinguely, Joseph Cornell, Yves Klein, Jannis Kounellis, Takis, Victor Brauner, Jules Olitski et Niki de Saint Phalle, lui suggère, pour comprendre ce qu’est une œuvre d’art, de devenir l’assistant de Takis, à Athènes. Renos Xippas sera soudeur, puis coordinateur, porte-parole, jusqu’à organiser pour l’artiste ses grandes expositions au Jeu de Paume, à la Tate, ainsi que son grand projet à La Défense en 1980.

Il ouvre sa première galerie à Paris en 1989. Une deuxième à Athènes en 2003, puis à Montevideo en 2010. D’autres lieux verront le jour. Aujourd’hui, il possède des galeries à Paris, Athènes, Genève, Montevideo et Punta del Este en Uruguay, et… Bruxelles. L’inauguration bruxelloise se fait en toute cohérence avec une expo Takis, plus un accrochage d’un artiste d’Albert Baronian, Robert Devriendt.

« Bruxelles tourne dans ma tête depuis deux à trois ans. Mais il ne faut pas être naïf, on ne débarque pas comme ça dans une ville. Il faut le faire avec quelqu’un qui est installé. Avec Albert, on associe tous nos artistes, c’est-à-dire 20 artistes stars et plein de jeunes et ça va faire une bombe !, nous explique-t-il. J’aime beaucoup les Belges. Ils ont beaucoup d’humour, comme les Uruguayens. Je connais bien leur mentalité, il n’y a pas d’arrogance, pas de posture, comme on peut en voir à Paris. La Belgique est un pays très resserré, tout est proche. On peut aller à Charleroi, Bruges, Liège, Anvers, Gand, pour leurs formidables musées. »

Albert Baronian : « Le bail de la galerie se terminait en 2020 et je ne me voyais pas repartir pour 9 ans. Je connais Renos depuis 30 ans. Il prend en charge toute la structure, les frais de fonctionnement et de personnel et moi je garde la direction artistique. Je vais aussi l’introduire à Bruxelles et lui ouvrir mon réseau de contacts en Belgique. C’est bien pour mes artistes, puisqu’ils vont bénéficier d’un réseau international de galeries. J’ai d’ailleurs insisté pour que nous gardions tous les artistes, y compris les plus jeunes et moins reconnus. »

L’expo

Sculpteur grec autodidacte, Takis (né Vassilikis Takis, 1925, Athènes) a créé certaines des œuvres les plus puissantes, novatrices et néanmoins ludiques de l’art du XXe siècle, réinventant les formats de la peinture, de la sculpture et de la musique en relation à l’énergie. Takis est considéré comme étant l’un des rares innovateurs dans la sculpture actuelle, à l’instar de Calder, Brancusi et Giacometti. Ses réalisations, constituées d’éléments industriels ou mécaniques, se situent au carrefour de l’art, de la technologie et de la science. Dans cette exposition, Baronian Xippas présente
Magnetic fields, les œuvres les plus récentes de Takis ainsi qu’un ensemble de Signaux. À Londres, la Tate Modern lui consacrera une rétrospective majeure qui sera inaugurée en juillet prochain.

« Takis est le premier artiste qui évoque une réflexion sur le futur, sur ce que nous sommes, comment on flotte, quelles sont nos énergies. Le vent, la lumière, le magnétisme, il les utilise pour évoquer l’au-delà. Il a 94 ans et continue de créer. Il est parti en voyage très jeune à Paris, puis Londres, en train et en bateau. En voyageant, il a compris très vite, en voyant les indications de signalisation près des voies, que la lumière et le son, c’est universel, et que ça pouvait servir pour transmettre une idée« , nous explique Renos Xippas.

Notons quand même une chose étonnante et amusante. Le peintre bruxellois Yves Zustrassen, longtemps boudé par les galeries homologuées internationales de sa ville – sauf Valérie Bach, ces dernières années – est représenté depuis longtemps par Xippas. Il reviendra donc par la grande porte dans une exposition à la galerie. Il aura aussi un show à Bozar en septembre de cette année. Comme quoi le snobisme typiquement belgo-bruxellois peut exploser de temps en temps. On aime!

Takis — Robert Devriendt
Baronian Xippas
2 rue Isidore Verheyden

1050 Bruxelles
Jusqu’au 18 mai
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Renos Xippas, photo Eline Willaert

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Takis, Magnetic Fields, vue de l’exposition, courtesy l’artiste et Baronian Xippas Gallery

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Takis, vue de l’exposition, courtesy l’artiste et Baronian Xippas Gallery

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Takis, vue de l’exposition, courtesy l’artiste et Baronian Xippas Gallery

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Renos Xippas et Albert Baronian, photo Eline Willaert

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