Art Brussels 2019 a ouvert ses portes au public vendredi. Une édition qui dévoile un retour à la peinture et plus généralement à la matérialité. La tendance actuelle privilégie les œuvres moins austères, moins intellectuelles, plus généreuses dans leur matérialité, justement. Petit tour avec deux de nos journalistes, Elisabeth Martin et Gilles Bechet.

La foire vue par Elisabeth Martin

Chez Almine Rech, on découvre avec ravissement les opacités et fausses transparences du jeune Allemand JanOle Schiemann, qui remet en question la tradition picturale sur toile. Il traduit la perception subjective de son environnement par de magnifiques constellations et des superpositions qui rappellent le côté translucide du verre. Superbe ! J’ai particulièrement apprécié le travail de l’artiste grecque Athina
Ioannu montrée par Irène Laub. Des petits morceaux d’étoffe de kimonos trempés dans l’huile de lin et accrochés à des grilles métalliques dont elles soulignent la géométrie et l’aspect brut.

Quelle belle sélection de valeurs coréennes à la Galerie Hakgojae, venue de Séoul ! Chaque artiste mérite une pause. Outre Kim Hyunsik qui, entre sculpture et peinture, joue subtilement de la couleur, de l’espace et de la forme, notons le peintre Oh SeYeol. Il construit des images de mémoire et se plaît à imiter l’innocente expression enfantine et la spontanéité des graffitis.

La section Rediscovery présente des artistes oubliés ou peu reconnus. Mise en scène élégante dans le stand Laurentin, qui ouvre son espace au renouveau de la sculpture sur bois d’après-guerre en Belgique. Il réunit quatre artistes belges ayant œuvré dans le sillage d’Ossip Zadkine : Willy Anthoons, François-Xavier Goddard, notre préféré, Ferdinand Vonck et André Willequet. On revoit avec joie Tsuyoshi Maekawa, du mouvement  japonais Gutai, chez Axel Vervoordt. Autre trouvaille de qualité : à la Galerie Charlot, notons Manfred Mohr, pionnier de l’art digital et influencé par l’Esthétique de l’Information du philosophe allemand Max Bense.

Sous l’enseigne découvertes, Spazio Nobile présente un duo de céramistes, Bela Silva et Kustaa Saksi. L’artiste Alexandre Benjamin Navet a peint lui-même le stand Derouillon. On s’y arrête avec plaisir, tant ce sanctuaire coloré est rafraîchissant et joyeux. Parmi les solo shows, ma préférence va à Marcel Berlanger chez Rodophe Janssen et à Jonathan Chapline (USA, 1987) à la galerie The Hole, dont les mystérieuses toiles sont réalisées grâce à un logiciel de composition en 3D.

A quelques jours du top départ de la Biennale de Venise, on peut déjà voir le tandem flamand Jos de Gruyter & Harald Thys, qui y représentera la Belgique avec Mondo Cane, un projet qui montre avec humour la figure humaine, miroir de l’Europe et de notre société. Ne manquez pas le projet artistique Screen it. Installé dans l’Hôtel de la Poste, il se tourne vers la vidéo et l’influence des médias sur l’art. Dans une installation feutrée aux allures de boudoir, une quinzaine d’artistes dont Laure ProuvostAgnès Guillaume ou Mounir Fatmi.

Le regard de Gilles Bechet

Parcourant les allées à pas prudents, mon regard est happé par un magnifique portrait vidéo de Bill Viola chez Blain / Southern. Shannon est couchée sous l’eau avec son chemisier blanc à volants fermé d’un bijou. Ses paupières sont closes, ses mains bougent parfois. On est rassuré de la savoir en vie par les petites bulles qui éclosent à la surface comme de rares perles précieuses.

Dans son solo show pour la galerie Sage, Stephan Goldrajch présente une nouvelle série d’aquarelles et trois masques crochetés. On ne peut s’empêcher de penser à James Ensor devant ces images d’énigmatiques rencontres avec des personnages masqués surgis de son imagination et embarqués dans quelques lointains rites orientaux. Fuyant la surcharge, l’artiste joue avec finesse avec les aplats et les absences qui renforcent encore la part de mystère de son univers.

Chez Les filles du Calvaire, je suis séduit par la sculpture de l’Anglaise Kate MccGwire. Derrière l’écrin d’une vitrine rescapée d’un musée du siècle passé, une étrange forme organique couverte de plumes de faisans semble s’enrouler sur elle-même. L’artiste joue sur la sensation d’attraction répulsion entre cette forme intestinale chthonienne et le délicat dessin du tapis de plumes à l’aérienne promesse.

Les peintures de Julius Hofmann présentées par la galerie allemande Kleindienst pour la section Discovery jouent du trompe-l’œil. Réalisées à l’acrylique, ces monochromes ressemblent à s’y méprendre à des gravures et à des dessins au fusain. Les corps massifs de ses personnages féminins qui rappellent l’Art déco ou la peinture de propagande participent aussi à la théâtralité des images. En y accrochant l’œil, on y découvre que son système de références (il glisse aussi un hommage à Hans Bellmer) est complexe et truffé de motifs en disrupture échappés du monde contemporain, ici des ébauches de pixels, là une chaussure de sport.

La galerie Paid by the artist, dans la section Invited, a été montée par Yannick Ganseman pour montrer son travail. Ses scènes de la vie quotidienne passent de la 2D à la 3D comme pour mieux en saisir l’essence intime. Une discussion familiale à table est racontée en peinture ou par une petite sculpture en céramique qui en magnifie la trivialité. Céramique encore, avec les œuvres de Maen Florin chez Nadja Vilenne. D’énormes têtes en couleurs presque monochromes de sa série Blue and blind. Les visages blêmes comme des personnages de films expressionnistes, les paupières de leurs yeux cernés et maquillés sont closes comme pour mieux saisir les échos d’une symphonie intérieure.

Notez que le prix du Solo a été remporté par Lesley Vance chez Xavier. Les gagnants du Discovery Prize sont tegenboschvanvreden,
d’Amsterdam, avec Sander Breure & Witte van Hulzen, et NOME, de Berlin, avec Goldin+Senneby.

Art Brussels
Jusqu’au dimanche 28 avril
www.artbrussels.com

art brussels 2019

Jan-Ole Schiemann, Vielgestalt, courtesy l’artiste et Almine Rech Gallery

Art Brussels 2019

Maen Florin, Blue and Blind, 2019, photo Gilles Bechet

Art Brussels 2019

Yannick Ganseman, photo Gilles Bechet

Art Brussels 2019

Kate MccGwire, photo Gilles Bechet

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