Revoilà Daniel Enkaoua chez Esther Verhaeghe Art Concepts. C’est la troisième exposition à Bruxelles de ce peintre français qui vit et travaille à Barcelone. Aux cimaises, de très grands formats mais aussi de toutes petites toiles. Quel plaisir de se replonger dans sa peinture !

Présenté pour la première fois à Bruxelles en 2013, Enkaoua avait fait tomber en syncope tous les critiques d’art qui purent le découvrir en priorité, puis les nombreux visiteurs. Sa peinture vibrante de personnages, de natures mortes et de paysages est une quête sans fin de l’âme des êtres et des choses. Qu’il peigne l’un de ses quatre enfants, son épouse, ou deux tomates, trois piments, c’est la part silencieuse et merveilleuse présente dans le quotidien qu’il tente de capter.

Portraits

Dès l’entrée, une immense toile de 235 cm de haut. C’est Liel debout torse nu. Jaillissant du bas de la toile comme une jeune pousse, il se tient là, bien enraciné et tremblant légèrement. Vibrant des centaines de touches de couleurs qui tracent et donnent forme à sa silhouette, le jeune enfant, tourné d’un quart vers la gauche, a le visage et le buste éclairés. Le bas de la toile est sombre, comme une terre brune. Le fond devient ensuite bleuté, bien que marqué de jaune, de rouge, de blanc. Si on interroge Daniel Enkaoua (1962, Meaux) sur le fait qu’il fait poser ses enfants, il répond qu’il ne peint pas des portraits. Ce pourrait être n’importe quel enfant. « Il y a un lien avec le paysage, ajoute-t-il. Quand je rentre d’une promenade à la campagne et que j’ai pu admirer des paysages, c’est une source d’inspiration pour moi. De même ces trois piments, ça pourrait être trois corps couchés recroquevillés. »

Natan à l’envers est une huile sur toile de format carré. C’est le dernier fils de l’artiste, qui, dit-il, ne pose qu’allongé. La tête posée sur la capuche de son pull vert émeraude, l’enfant au teint diaphane, les yeux fermés, la bouche rouge, est perdu dans ses pensées, comme enfoui à l’intérieur de lui-même. Les masses et zones de couleurs pourraient être lues comme un paysage, peut-être un champ d’herbes à la fin du jour.

Aure en violet : une jeune fille ou une très jeune femme se tient là dans sa robe rouge tirant sur le mauve. Les bras le long du corps, les cheveux foncés encadrant un visage, elle semble elle aussi retirée en ses pensées, loin de nous, absente, toute entière occupée à elle-même. Daniel Enkaoua regarde avec une telle douceur les enfants qui l’entourent, les restitue par sa peinture avec une telle délicatesse ! Son regard les traverse sans aucune brutalité, avec une bienveillance et une curiosité, cherchant l’expression qui pourra rendre avec le plus de justesse la beauté de ces êtres-là, qu’il aime.

Natures mortes

Une grande pastèque, coupée en deux, double ovale brûlant du rouge de la chair du fruit, le blanc qui le cerne, le vert qui asseoit la forme : Pastèque ovale, une huile de 160 cm de long. Les natures mortes d’Enkaoua dispensent, elles aussi, l’intensité de ce qui est là, bien présent, d’une simplicité désarmante et d’une beauté formelle sans détour. La matière créée par la peinture, la trace du pinceau, creusent encore dans l’indicible du quotidien et du large fruit qui sera bientôt croqué par les enfants. Tout petit format pour Les deux tomates, le rouge carmin envahissant tout l’espace, leur peau légèrement brillante rendue avec une note de blanc. Chairs intenses, riches et sucrées. A croquer, aussi.

La peinture d’Enkaoua est toujours une rencontre d’une grande intensité. Peindre et respirer.

Daniel Enkaoua
A fleur de peau
Esther Verhaeghe
Gallery Space
37 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu’au 11 avril
Du lundi au mercredi de 14h30 à 17h
Du jeudi au dimanche de 14h30 à 18h
estherverhaeghe.com

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, Liel debout torse nu, 2016 – 2018, courtesy l’artiste et Esther Verhaeghe Art Concepts

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, vue de l’exposition, chez Esther Verhaghe Art Concepts, photo Jasmine Van Hevel

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, La pastèque ovale coupée, 2018, courtesy l’artiste et Esther Verhaeghe Art Concepts

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, Sarah en bonnet bleu, 2014, courtesy l’artiste et Esther Verhaeghe Art Concepts

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, Les deux citrouilles allongées, 2018, courtesy l’artiste et Esther Verhaeghe Art Concepts, photo Jasmine Van Hevel

Daniel Enkaoua

Daniel Enkaoua, Natan torse nu, 2016, courtesy l’artiste et Esther Verhaeghe Art Concepts, photo Jasmine Van Heve

 

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