La galerie Albert Baronian expose une nouvelle fois Mekhitar Garabedian. Nous avions vu son inoubliable néon, Il n’y a pas de victoire, il n’y a que des drapeaux et des hommes qui tombent, lors de l’exposition Shaping Light montée par le galeriste au CAB, fin 2018. Mekhitar Garabedian (Alep, Syrie, 1977) a étudié les arts audiovisuels à la Sint-Lukas Hogeschool de Bruxelles et la photographie aux Beaux-Arts de Gand. Il est aujourd’hui affilié à la KASK de Gand en tant que chercheur postdoctoral.

Ce qui obsède ce jeune artiste, c’est le mot. Dire, ne pas dire, raconter, en mots ou en images, les significations et histoires qui deviennent plurielles au fil de leurs déclinaisons en différentes langues. Et par-delà les mots, Garabedian parle d’identités, plurielles elles aussi, d’exil, de migration. Le texte d’introduction à l’exposition, de Pieter Van Bogaert, l’explique sous forme presque romanesque. C’est la voix de la mère de l’artiste qu’on entend : « Elle raconte. Il a grandi comme cela, avec toutes ces langues, dès son plus jeune âge. Telles sont les langues de la famille : le néerlandais, le français, l’anglais, l’arabe et l’arménien. C’est de là que viennent tous les mots. Tous ces concepts et non-concepts. Toutes ces images sont des expressions non exprimées. Cela commence par parler la langue d’un autre et se termine par parler avec les mots d’un autre. Il appelle ça l’identité empruntée. »

Dans la galerie, l’espace central est occupé par la projection d’une vidéo où l’on voit la mère de l’artiste préparer des dolmas, ou feuilles de vignes farcies, un plat qu’on retrouve dans plusieurs pays autour de la mer Noire. Elle est à regarder pour ce qu’elle est : une femme cuisine un plat traditionnel et parle. La cuisine est en Europe mais le personnage parle arménien. A l’image se mêlent et se croisent plusieurs identités, plusieurs cultures. Le regard de la caméra fixe raconte aussi la tendresse des liens familiaux, l’importance de la nourriture dans la continuation de ceux-ci.

Une autre vidéo montre une succession de photographies de l’évier de la cuisine familiale. De ces images des riens de tous les jours, Garabedian offre à voir que le quotidien métissé ressemble au nôtre et que la banalité permet d’éviter l’affolement. Il y a de la place pour tout le monde. Plus loin, des mots : Read Zweig. Ou des phrases extraites de chansons, comme celle mise en exergue en titre de l’exposition : Non. j’ai changé d’avis. J’ai envie d’aller à Hambourg comme dans la chanson d’Edith Piaf. Comme une rengaine connue. Au fil de tous ces mots, Garabedian raconte avec délicatesse et poésie son histoire diasporique personnelle constituée de plusieurs strates.

Mekhitar Garabedian
Galerie Albert Baronian
2B rue Isidore Verheyden
1050 Bruxelles
Jusqu’au 16 février
Du mardi au samedi de 12h à 18h
www.albertbaronian.com

Mekhitar Garabedian

Mekhitar Garabedian, Untitled (La Maman, Ferré/Piaf), 2016-2017, courtesy l’artiste et galerie Albert Baronian

Mekhitar Garabedian

Mekhitar Garabedian, Nora (Gentbrugge 2000), Laurice & Nora (Gentbrugge, 2010), Nora (Gentbrugge, 2016), with Nora & Laurice Karaguezian, 2016, courtesy l’artiste et galerie Albert Baronian

Mekhitar Garabedian

Mekhitar Garabedian, Washing-up (Gentbrugge), 2013-208, 2018, courtesy l’artiste et galerie Albert Baronian

Mekhitar Garabedian

Mekhitar Garabedian, Library (Adnan, DeLillo, Godard, Vonnegut), 2019, courtesy l’artiste et galerie Albert Baronian

Mekhitar Garabedian

Mekhitar Garabedian, Valse d’Haleb, 2019, courtesy l’artiste et galerie Albert Baronian

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