La galerie Clearing revient sur l’œuvre de René Heyvaert – à la fois prolifique et protéiforme -, particulièrement sur la période cruciale de sa création, entre 1975 et 1978. On y découvre une partie du Mail Art que l’artiste adressait à sa famille et ses contemporains. Balayette, branches de bois ou encore plaquettes de contreplaqués, Heyvaert tirait parti des objets et matériaux de son quotidien. L’exposition est à découvrir jusqu’au 2 février et se déroule parallèlement à la rétrospective qui lui est consacrée au Musée M à Louvain.

De René Heyvaert, on évoque souvent la maladie et l’isolement. D’abord architecte, inspiré par Le Corbusier et Frank Lloyd Wright, Heyvaert finit par se consacrer complètement à l’art en 1966, après que l’État belge lui eut reconnu un handicap à plus de 66%. En effet une tuberculose rénale, contractée lors d’un voyage au Congo à la fin de ses études, l’affectera jusqu’à la fin de sa vie. Physiquement diminué et spatialement restreint, l’artiste s’appuie sur son environnement proche pour créer. Obsédé par la couleur et la forme, il intervient de manière minimale sur des objets du quotidien ou des matériaux ordinaires. L’exposition s’ouvre d’ailleurs sur des assemblages de branches de bois glanées dans son jardin, taillées et assemblées comme pour se plier à un ordre plus grand. On voit cette branche contrainte de se courber par la tension d’une corde ou ce tronc forcé de tenir dans un cercle.

Cette volonté d’instaurer un dialogue entre le géométrique et l’organique est renforcée par les deux autres pôles de l’exposition. D’un côté, des matériaux ordinaires – papier, carton, contreplaqué – sont tissés, découpés, transpercés de motifs géométriques réguliers. De l’autre, des peintures moins strictes, plus organiques mais toujours minimales tranchent avec ces objets papier, si géométriquement parfaits. L’imposante signature d’Heyvaert, qui prend parfois plus de place que le motif de la peinture elle-même, se lit comme une réclamation – résidu d’une angoisse existentielle ? Si nous quittons la salle principale pour nous faufiler dans la pièce secondaire, quelques feuilles quadrillées qu’il recouvre minutieusement au feutre par d’autres lignes – celles-ci, tremblantes – sont également exposées. La répétition est centrale chez Heyvaert et apparaît comme une forme de méditation curative.

Mais c’est surtout sa pratique prolifique du Mail Art qui semble être au cœur de sa production artistique. Elle témoigne de la nécessité pour Heyvaert de communiquer avec le monde extérieur, dont il s’est progressivement isolé. Cette vaste correspondance nous est présentée dans les cadres conçus par Koenraad Dedobbeleer. Outre ses cartes postales et tablettes percées par des formes géométriques, Heyvaert poste également, non sans malice, des objets du quotidien : une balayette, un simple couteau collé sur un rond de bois, une cuillère sur une enveloppe. On apparente souvent son travail aux mouvements Fluxus ou de l’Arte povera. Il y a en effet une volonté chez l’artiste de pratiquer un art vrai dans le sens d’un retour au quotidien, d’un éloge à la simplicité.

Heyvaert s’adresse à ses contemporains (notamment Roland Jooris, Raoul de Keyser, Dan Van Severen, Willy de Sauter, Joseph Willaert) mais aussi et principalement à ses filles. Séparé de ses enfants après son divorce, Heyvaert tient à garder le contact à travers l’envoi régulier de cartes postales, le plus souvent silencieuses. Cette exposition est par ailleurs organisée en collaboration avec sa fille Anne Heyvaert, artiste et professeure à l’Université Vigo en Galice, Espagne. Certaines cartes se font pourtant plus loquaces, plus touchantes aussi, l’apparente austérité de l’homme et de son œuvre y laisse place à une certaine tendresse. Monarque régnant sur son monde d’objets et de formes ou vieillard maladif, les différents visages qu’Heyvaert se plaisait à arborer se mélangent et son royaume, comme il aimait à l’appeler, se dresse en partie sous nos yeux.

René Heyvaert
Clearing
Avenue Van Volxem 311
1190 Forest
Jusqu’au 2 février
Du mardi au samedi de 10h à 18h
http://www.c-l-e-a-r-i-n-g.com/

René Heyvaert

René Heyvaert, Untitled, 1976, courtesy l’artiste et Clearing

René Heyvaert

René Heyvaert, Mail Art, courtesy l’artiste et Clearing

René Heyvaert

René Heyvaert, vue de l’exposition, courtesy l’artiste et Clearing, (c) photo Manon Paulus

René Heyvaert

René Heyvaert, Untitled, 1976, courtesy l’artiste et Clearing

René Heyvaert

René Heyvart, Untitled, 1976-77, courtesy l’artiste et Clearing

René Heyvaert

René Heyvaert, vue de l’exposition, courtesy l’artiste et Clearing

René Heyvaert

René Heyvaert, vue de l’exposition, cadres conçus par Koenraad Dedobbeleer, courtesy l’artiste et Clearing

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