S’est ouvert ce mardi chez Esther Verhaeghe-Art Concepts, une exposition de la jeune artiste française Léa Belooussovitch, qui vient de recevoir le prix Jeunes Artistes du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2018.

À travers le dessin, la photo, la vidéo et l’installation, Léa Belooussovitch (Paris, 1989) voile et dévoile le réel dans ses aspects les plus dramatiques. Une mise en abyme salvatrice et interpellante à la fois. On a pu voir les grandes photos de sa série Facepalm imprimées sur du satin, ainsi que ses spectaculaires dessins aux crayons de couleur sur feutre lors de son exposition de fin de résidence à la MAAC – Maison d’Art actuel des Chartreux, entre autres.

La source de travail de Léa Belooussovitch vient des nombreuses recherches qu’elle fait dans le champ de l’actualité. Des images de presse ou trouvées sur internet vont être travaillées pour faire disparaître l’immédiateté de leur caractère dramatique. Nombreux sont les artistes actuels qui puisent le matériau de leur œuvre dans l’actualité. Cette masse brute et dense, ils la malaxent comme on travaille une terre glaise, pour en tirer ce qui fait sens pour eux.

Ainsi, pour une première série à voir dans l’exposition Blue Wall of Silence, l’artiste sélectionne des photos de violences policières. Elle retouche les images, supprimant la ou les victimes. On ne voit plus que les policiers, arme à la main, mettant en joue… le vide. Ces photos présentées sous pochettes plastiques bleues, comme de simples dossiers en attente sur le bureau d’un juge, sont d’une effarante actualité, puisqu’on y voit bien sûr ce qui se passe aujourd’hui en France avec les gilets jaunes éborgnés, blessés… L’écrivain Gérard Mordillat, à propos de son nouveau livre Ces femmes-là, ne dit-il pas : la fiction précède toujours la réalité ? Poursuivons en disant que l’art aussi – l’écriture, les arts plastiques… – précède toujours la réalité. Nombreux sont les artistes qui ont senti des choses du réel et de l’actualité avant tout le monde. Léa Belooussovitch s’empare sans peur de la part le plus violente de l’actualité. « Il y a une saturation et une accommodation de l’œil devant les images que nous voyons tous les jours. En les mettant à distance, je redonne un attrait différé à ces images et on peut s’en imprégner. Je crois qu’en rendant leur anonymat à ces personnes, en redonnant un aspect neutre à ces portraits, on touche à la question de l’image, de sa violence et de la représentation de celle-ci », explique l’artiste. Elle cache, voile, transmute les images pour nous permettre d’y voir le drame et l’intensité. En masquant, elle dévoile, et ce processus délicat lui permet de faire constater.

Pour sa série de dessins sur feutre, l’artiste a aussi sélectionné des images dramatiques : scènes d’attentat, immeuble effondré… sans obsession malsaine pourtant. Plutôt dans un besoin – comme beaucoup de jeunes de sa génération – de comprendre, absorber et tenter de digérer le monde tel qu’il est aujourd’hui, de sortir de l’effarement. Le choix du feutre comme support n’est pas anodin. C’est un textile, isolant, doux et protecteur. Sur cette matière molle, la couleur posée au crayon imprègne la fibre, en profondeur, rendant le feutre pelucheux. L’œuvre, souvent de grand format, est au premier regard très esthétique. Cette esthétique non plus n’est pas anodine. Comme une aspiration vers quelque chose de l’ordre de la spiritualité. C’est fort. A voir.

Léa Belooussovitch 
Esther Verhaeghe-Art Concepts
37 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu’au 16 février
Du lundi au mercredi de 14h30 à 17h
Jeudi et vendredi de 11h à 12h30 et de 14h30 à 18h
Samedi et dimanche de 12h à 18h
www.estherverhaeghe.com

Belooussovitch

Léa Belooussovitch, Manchester, Royaume-Uni, 22 mai 2017, 2018, photo Léa Belooussovitch

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Léa Belooussovitch, Barcelone, Espagne, 17 août 2017, 2018, (c) photo Léa Belooussovitch

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Léa Belooussovitch, Kaboul, Afghanistan, 27 janvier 2018, 2018, (c) photo Léa Belooussovitch

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