Un air de « zwanze » flotte dans les rues de Namur ces derniers temps. Jusqu’au 17 février, le Musée Félicien Rops met à l’honneur ce mot typiquement bruxellois qui désigne l’esprit insoumis et gausseur, bien connu des Belges.

L’amour de l’absurde confère aux Belges cette réputation – bien méritée – de bons vivants qui ne se prennent pas au sérieux mais pour qui l’humour est une affaire sérieuse ! Ah ces petits Belges, qu’ils sont chaleureux ! Qu’ils sont rigolos, avec leur Manneken Pis ! Attention cependant à ne pas sous-estimer leur art et leur intelligence. Le saugrenu est en Belgique un porte-drapeau de la liberté d’expression. Ce mouvement de bonne humeur s’est concrétisé avec la « zwanze » au 19e siècle, et existe encore aujourd’hui, avec des caricaturistes et artistes bien connus. Philippe Geluck définit plutôt bien le zwanzeur : « C‘est celui qui se fait volontiers passer pour un im­bécile dans le but de mieux tromper l’interlocuteur. »

L’exposition qui nous occupe aujourd’hui ne s’intéresse pas à l’époque contemporaine, mais plutôt à un zwanzeur en particulier : Louis-Joseph Ghémar, qui parodiait les œuvres des artistes de sa génération. Tout en imitant le style de ses contemporains comme Stevens, Courbet, Manet, Meissonnier et bien d’autres, Ghémar réalise aussi des pastiches d’œuvres qu’il finira par exposer dans son propre musée, à Bruxelles, en 1870. En 1868, on pouvait lire dans les pages du quotidien L’Indépendance belge que « Ses parodies des grands maîtres sont des chefs-d’œuvre dans leur genre, et les artistes à qui s’adressent ses épigrammes seront les premiers à les trouver parfaites ». À noter qu’à l’époque, des expositions dédiées à la zwanze verront le jour un peu partout, rassemblant les moqueries autour de l’art et de la société. Au premier étage du Musée Félicien Rops, les visiteurs peuvent aussi découvrir des œuvres humoristiques de James Ensor, Léon Frédéric, Amédée Lynen, Arthur Navez, bref ces artistes belges des générations ultérieures qui ont poursuivi cette joyeuse tradition.

Ce mouvement de la zwanze ne laissa qu’une trace discrète dans l’histoire de l’art. C’est pourquoi il est intéressant de voir cette exposition aujourd’hui, ainsi que son catalogue, pour mieux connaître cet esprit. Un esprit qui traduit en fait une envie de renouveau artistique. Une envie qui se fait encore sentir en 2019 dans la dynamique ville artistique de Bruxelles !

La Zwanze, Burlesque & Canular. De Louis Ghémar à James Ensor
Musée Félicien Rops
12 rue Fumal, 5000 Namur
Jusqu’au 17 février
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.museerops.be

Alfred Stevens, L’Atelier, 1869, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 3423

Alfred Stevens, L’Atelier, 1869, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 3423

Louis-Joseph Ghémar (attribué jusqu’ à aujourd’hui à Henri de Toulouse Lautrec), Dans l’atelier, la pose du modèle, ca. 1885, Lille, Palais des Beaux-Arts, inv. P 1897

Louis-Joseph Ghémar (attribué jusqu’ à aujourd’hui à Henri de Toulouse Lautrec), Dans l’atelier, la pose du modèle, ca. 1885, Lille, Palais des Beaux-Arts, inv. P 1897

André Blandin, Great Zwanz Exhibition, 1914, Anvers, galerie Ronny Van de Velde

André Blandin, Great Zwanz Exhibition, 1914, Anvers, galerie Ronny Van de Velde

Louis-Joseph Ghémar, Inauguration du bocal des frères Ghémar, 1862, Collection Vandevelde

Louis-Joseph Ghémar, Inauguration du bocal des frères Ghémar, 1862, Collection Vandevelde

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