Le premier album de Tintin fête aujourd’hui ses 90 ans ! Retour sur la création d’Hergé et son démarrage étonnant.

Tintin chez les Soviets, première histoire de Tintin dont la première planche est publiée le 10 janvier 1929, il y a juste 90 ans, ne serait qu’un aimable brouillon, réalisé en noir et blanc, peu convaincant aux dires même d’Hergé qui n’en a jamais souhaité la réédition. Dès le début, Tintin démarre en trombe sur une moto volée, poursuivi à toute allure par les policiers. Le ton est donné, jusqu’aux derniers et nombreux rebondissements du récit (qui fait quand même 138 pages), où il ne sera question que de moyens de transport toujours plus véloces, sur terre, dans les airs, sur l’eau, avec des automobiles, des locomotives, des avions, des hors-bords, dans une course effrénée qui symbolise tout le vingtième siècle, vecteur d’un stupéfiant et continu progrès technique. Tintin ne devient vraiment lui-même que grâce à la vitesse, lorsque, dès les premières images, le vent le décoiffe et rejette sa mèche en arrière, créant ainsi la célèbre houppette. Voilà qui change des habituels discours idéologiques qui plombent la lecture de ce récit.

Avec la vitesse, Hergé ne réalise pas seulement son rêve, mais incarne le désir du siècle tout entier, quand ce dernier s’évertue à battre les records, quels qu’ils soient, dans tous les domaines, du plus petit (le transistor puis la puce électronique), au plus grand. Toujours plus impressionnant, plus beau, plus vite, plus loin, plus, plus, plus… Avec le corollaire des accidents qui en résultent, toujours plus graves, toujours plus spectaculaires à l’image des énergies mises en oeuvre, comme le Titanic, Hiroshima ou Tchernobyl. A côté de ces cataclysmes, les crashes de Tintin chez les Soviets, nombreux, sont finalement peu de choses. Le vingtième siècle vit d’abord l’espoir d’un paradis, mais au prix d’une débauche d’énergie dont on n’avait pas prévu les conséquences néfastes. Toutefois, dès la fin des Golden Sixties (on surnomme ainsi les années 1960), le vent tourne et on commence à pressentir que l’abondance ne rime pas nécessairement avec le bonheur. Désenchantées, les illusions s’évaporent, le rêve se brisera bientôt. Tintin chez les Soviets ne serait que la première étape d’un processus qui aboutit en son exact contraire, ce qui en fait son intérêt, et le désigne ainsi comme un brouillon tout à fait indispensable et réussi.

Hergé

Tintin au pays des Soviets, planche 22, case 1, 1973, Archives Hergé, Casterman

Hergé

Tintin au pays des Soviets, planche 111, case 1, 1973, Archives Hergé, Casterman

Hergé

Tintin au pays des Soviets, planche 56, case 2, 1973, Archives Hergé, Casterman

Hergé

Tintin au pays des Soviets, planche 52, case 3, 1973, Archives Hergé, Casterman

 

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