Au Botanique, les dessins et sérigraphies d’Ernest Pignon-Ernest sont à découvrir jusqu’au 10 février. L’exposition, initiée par Marie Papazoglou, est commissionnée par Roger-Pierre Turine, critique d’art à La Libre depuis trente ans et qui suit l’artiste niçois depuis ses débuts.

Les images collées sur les murs de la ville par Ernest Pignon-Ernest depuis les années 1960 sont connues de nos rétines. Qui n’a jamais vu le portrait de Rimbaud placardé et s’effilochant au gré des intempéries – ou du moins une photo de cette installation ? Ernest Pignon-Ernest (Nice, 1942) est issu d’un milieu très modeste. Il dessine en autodidacte depuis l’enfance. Quand, en 1966, il apprend que la force nucléaire s’implante dans le Vaucluse, à quelques kilomètres de son atelier, il décide de réagir autrement que par la peinture. « Il m’a fallut quelques mois pour comprendre cette évidence qu’il ne m’était pas possible d’appréhender sur la toile ce qui se présentait là : ce tournant dans l’histoire de l’humanité. L’homme peut avec le nucléaire annihiler l’humanité, des centaines d’Hiroshima enkystés sous des champs de lavande. » explique-t-il à Turine. Il installe des images au pochoir reproduisant la photo célèbre des lendemains d’Hiroshima et Nagasaki, sur les rochers, murs et routes du Plateau d’Albion. « Je n’ai pas mesuré alors quelle serait la portée de cette action. Evidemment je n’ai pas pensé qu’inscrire ainsi une image d’homme à l’échelle un dans un lieu serait une espèce de permanence dans mon parcours à venir. » poursuit-il.

En 1974, lorsque la ville de Nice est jumelée avec Cape Town en pleine apartheid, il installe une sérigraphie d’une famille de noirs derrière des grillages, répétée tout le long du cortège prévu le jour du jumelage. Lors de l’assassinat de Pasolini en 1975, il dessine et installe dans l’espace public le portrait en pied de l’artiste portant son propre cadavre.  Il travaille beaucoup à Naples, où les citoyens apprécient ses interventions. « Ce sont ces lieux qui sont porteurs d’une force dramatique, » raconte Pignon-Ernest.

Pignon-Ernest devient un artiste activiste, comme on dit aujourd’hui, bien avant Banksy qui lui voue un grand respect. Pourtant, « Je ne tiens pas à ce qu’on me dise que je suis un artiste engagé, » dit-il.

L’exposition qui se déroule aux cimaises du Botanique présente à la fois de grands dessins au style très classique, voire académique, de nombreux croquis et recherches et les photographies des sérigraphies installées dans l’espace public. Remarquable dessinateur, on peut dire qu’Ernest Pignon-Ernest a transcendé le classicisme de sa pratique en l’offrant aux murs des villes, au regard des passants, au vent et à la pluie. Pignon-Ernest a très peu été exposé en Belgique. L’exposition – à voir sans tarder – est une petite rétrospective qui fait suite à la grande exposition au MaMac de Nice en 2016.

Ne manquez pas l’exposition à la Galerie du Botanique (à l’étage) du peintre carolo Michaël Matthys, qu’on a pu voir chez Jacques Cérami. Ses grands formats presque monochromes présentent ici une série sur des pensionnés en maison de retraite, Déjà Mort. L’artiste utilise du sang de boeuf et du charbon pour peindre, construisant avec force une peinture qui parle aux tripes. (Jusqu’au 27 janvier)

Ernest Pignon-Ernest
Empreintes
Le Botanique
236 rue royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 10 février
www.botanique.be

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Ernest Pignon-Ernest, Hiroshima, 1966, (c) Ernest Pignon-Ernest, courtesy Galerie Lelong & Cie

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Ernest Pignon-Ernest, Sur l’avortement, 1975, (c) Ernest Pignon-Ernest, courtesy Galerie Lelong & Cie

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Ernest Pignon-Ernest, Marmouch, Darwich, Camp de réfugiés, 2009, (c) Ernest Pignon-Ernest, courtesy Galerie Lelong & Cie

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Ernest Pignon-Ernest, Les immigrés, 1975, (c) Ernest Pignon-Ernest, courtesy Galerie Lelong & Cie

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Ernest Pignon-Ernest, Pasolini assassiné, Si je reviens, (c) Ernest Pignon-Ernest, courtesy Galerie Lelong & Cie

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Michaël Matthys, Série déjà Mort, 2014, courtesy l’artiste

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Michaël Matthys, Série déjà Mort, 2014, courtesy l’artiste

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