Ce sont deux séries de dessins de Tamar Kasparian qui sont à découvrir dans l’antre wunderkammer de la galerie Art Sablon. Au milieu des objets de curiosité, coquillages, coraux et minéraux, les dessins et sculptures de Kasparian ont trouvé une place très juste. A voir jusqu’au 2 février.

Dessins sur papier, juxtapositions de papiers, jeux de plis et de transparence, empreintes prises par frottement, traits jetés à l’encre, crayon graphite, sculptures en terre blanche : l’univers de Tamar Kasparian nous raconte le chaos du monde. D’abord celui du végétal : racines, branches, feuillages se mêlent et se nouent, se déploient sur toute la surface du papier, comme une chose toujours mouvante, grandissante, un peu effrayante. Le monde marin, aussi, avec de grandes envolées à l’encre, réalisées en imbibant d’encre un segment de papier froissé, pour ensuite le faire tourbillonner au-dessus de la feuille en un geste violent et souple : une vague naît. S’y ajoutent, en un travail long, lent et méditatif, de multiples petits traits au crayon, posés un à un, englobant la vague, la soutenant, lui donnant du relief et la ramenant aussi vers un univers de terre et de tourbe.

Pour Végétal Chaos, de nombreux dessins démarrent par une empreinte par frottement : posant le papier sur une écorce, l’artiste prend une empreinte au crayon graphite. Ces traces délicates, qui disent déjà le végétal, vont être enrichies d’autres motifs, en superposition, pour construire une image complexe, racontant un chaos, en effet, quelque chose de débordant, d’incontrôlable et qui submerge. D’autres dessins, toujours d’une infinie délicatesse, montrent en transparence des photos de paysages presque effacés, puis un dessin de feuillage. Papiers japonais plus ou moins épais, plus ou moins transparents, fibres végétales, le tout sélectionné avec un soin précis.

Sa série L’infini turbulent est inspirée du livre éponyme qu’Henri Michaux publie en 1957. Il y relate de façon scientifique son expérience de l’usage de la mescaline, sous contrôle médical. Il décrit l’état dans lequel il se trouve selon la dose et les circonstances. Il explique la façon dont la réalité se trouve altérée. « De toutes parts fusent des sortes de sources blanches« , « Je commence à être entraîné dans une sorte de tournoyant carrousel. (…) Eclaboussement de blanc, crayeux« , « L’être déchiré, en dentelles, cherchant vainement la psychosuture« , « Singularité du silence. Une pause, comment trouver une pause dans tout mon univers fourmillant qui n’en a pas une, qui n’a pas l’oasis d’une seule seconde entière ?« , retient Kasparian dans ce livre. Ses sculptures en terre blanche, dont certaines ont été fixées au mur, comme les parois grouillantes d’un utérus, nous parlent d’organes, de filaments, de pétales, d’hybrides tentacules qui peut-être vivent à l’intérieur de notre ventre, souples, toujours en mouvement, irriguées de sang, elles font tanguer notre corps et parfois inquiètent notre esprit. Leurs turbulences, leurs danses, voilà ce que Tamar Kasparian a capté. On est emporté par la force de certains grands formats. Il faut se pencher sur les petits dessins, émergeant parfois sous plusieurs couches de papier, comme un rêve presque effacé.

Tamar Kasparian
L’Infini Turbulent
Art Sablon
16 rue Watteeu
1000 Bruxelles
Jusqu’au 2 février
Du mardi au samedi de 10h30 à 18h
https://artsablon.com
Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

Tamar Kasparian

Tamar Kasparian, 2018, courtesy l’artiste et la galerie Art Sablon

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