Privilégiant les techniques anciennes, la jeune photographe belge établie à Rome réveille des photos de famille pour composer avec ses autoportraits des puzzles sensibles et pudiques. Elle expose rue de l’Abbaye ce samedi 22 décembre.

La mémoire s’imprime dans l’intime comme la photo sur du papier. Mais les similitudes s’arrêtent là, car, au contraire des images imprimées, la mémoire n’a pas de forme définie. Et elle nous accompagne et vit avec nous, elle ne se partage pas, parce qu’elle est d’abord sensation. Dans Naive Melody, le projet de la photographe Juliette Wayenberg, il est question de mémoire. Quatre ans après la mort de son papa, elle a passé ses souvenirs au tamis en se demandant ce que de vieilles photos, de vieux négatifs, avaient à raconter. Les images figées offrent-elles des béquilles aux souvenirs ou un carcan ? Elle a choisi de montrer ce dernier travail dans une maison privée, actuellement inoccupée. Les images sont épinglées à même les murs nus et bruts, renforçant l’intimité du projet.

L’espace est bienveillant

Dans une petite pièce à l’étage, une courte vidéo préface le travail. L’artiste y a filmé sa main écrivant une lettre à son père dans l’urgence de Naive Melody, des Talking Heads. Une chanson d’amour sur le temps qui passe et sur l’espace qu’on partage. Il y a beaucoup d’espace dans ses photos. Des ciels au-dessus des plages de la mer du Nord, de paysages vallonnés ou des nuages vus d’avion. Les autoportraits répondent à des images où les paysages sont habités de silhouettes. Beaucoup de photos sont en extérieur, pourtant on est dans la photographie de l’intime. Le paradoxe n’est qu’apparent. On devine que ces photos sont habitées d’émotions fortes qu’on ne connaîtra jamais. Et ce n’est pas grave. L’espace est bienveillant pour les émotions de chacun.

Slow photography

Comme dans un jeu de marelle avec le temps, elle joue avec les instantanés pour composer des séries comme celle qui propose le contrepoint de la vidéo. On la voit assise à sa table dans des moments de présence et d’absence, de mouvement et d’immobilité.

Dans une autre série, elle compose avec des nuages pris d’avion et des regards empruntés à des photos de famille. La magie des photos vient aussi des tirages artisanaux sur papier baryté avec un grain d’une grande douceur et d’un très beau velouté. Juliette Wayenberg pratique la slow photography comme d’autres le slow food. Sur certaines images, elle a griffonné sa rage de vivre à même le négatif. D’autres sont tirées en surexposition. Parfois, un fil rouge court sur le mur et relie les images les unes au autres. Il y aussi une belle image d’un papier chiffonné, comme les rides de courant sur la plage. Ou comme la mémoire. Il y a des moments où l’on a la mémoire chiffonnée, d’autres où elle s’apaise et s’étire comme un chat satisfait.

Juliette Wayenberg
Naive Melody
37 rue de l’Abbaye

1050 Bruxelles
Ouvert le samedi 22 décembre de 14h à 18h
ou sur rendez-vous juliette.wayenberg@gmail.com

Juliette Wayenberg

Juliette Wayenberg, Naive Melody 3, courtesy l’artiste

Juliette Wayenberg

Juliette Wayenberg, Naive Melody 2, courtesy l’artiste

Juliette Wayenberg

Juliette Wayenberg, Naive Melody 5, courtesy l’artiste

Juliette Wayenberg

Juliette Wayenberg, Naive Melody 1, courtesy l’artiste

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