Premier solo chez Mathilde Hatzenberger Gallery pour Manon Bara. La jeune artiste a déjà participé à la galerie à quelques expositions collectives. Faces est à voir jusqu’au 22 décembre.

La peinture de portrait est un genre de la peinture classique. Dès la Renaissance, le portrait joue un rôle important puisqu’il sert d’objet de représentation d’une réussite sociale ou financière. Dès l’apparition de la photographie, se faire tirer le portrait devient accessible à presque toute la population. Les artistes contemporains ont fait du portrait, avec une grande liberté, une enquête approfondie du psychisme des personnes qu’ils peignent. Voyez Alice Neel chez Xavier Hufkens, par exemple.

Manon Bara est diplômée des beaux-arts d’Angers (2008) et de l’ENSAV La Cambre (2010). Nous avions visité son atelier il y a quelques semaines. Sa peinture autant que son tempérament est intense, puissante : ça déborde, ça dégouline, ça explose, c’est sans limites, tant qu’il est parfois difficile d’entrer dans son univers. Manon Bara peint beaucoup. Mathilde Hatzenberger s’est penchée sur cette production pléthorique et a choisi un thème, le portrait, pour construire une exposition en deux chapitres. Le deuxième s’ouvre ce soir. La sélection est rigoureuse. Il fallait écrémer, sortir du vaste corpus des toiles dont l’ensemble pouvait faire surgir un discours cohérent. C’est une réussite. Portraits, autoportraits et même portraits d’animaux : tous vous fixent de leur regard légèrement larmoyant. Voyez cet autoportrait au visage entièrement rouge, comme si l’artiste s’était écorchée vive. Sous la peau, la chair à nu nous raconte la sauvagerie, l’absence de limites dans la quête d’une représentation juste.  Voyez cet autre autoportrait à l’encre : visage entièrement recouvert de poils noirs, devenu loup-garou.  « Moi, Manon Bara, strangulée par mon cordon ombilical, connais depuis toujours une colère essentielle « , écrit-elle dans le petit catalogue qui accompagne l’exposition.

C’est donc cette colère qui mène l’artiste à tirer ce portrait d’un ours – qui semble sorti d’un conte pour faire peur aux enfants -, ce lièvre ou ce cochon. La couleur brutale, riche, posée en quantité, bave, coule, dégouline, formant comme des larmes ou des blessures béantes. Voyez ce chien vert, ses yeux globuleux, posé là prêt peut-être à vous sauter à la gorge. Les portraits de Manon Bara ne sont pas confortables. Ils ne disent pas une joliesse, un statut social. L’artiste écartèle la tradition classique. Elle ouvre ses sujets de la gorge au sexe en passant par le troisième œil, les dépèce, utilise leurs entrailles et leurs secrets les plus sanguinolents pour les représenter. C’est fort. A voir.

Manon Bara
Faces
Mathilde Hatzenberger Gallery
145 rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu’au 22 décembre
Jeudi, vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.eu

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Manon Bara, Autoportrait au masque rouge, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, Autoportrait animal, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, Chien classique, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, Le grand-père, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, Afghan, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, vue de l’exposition « Faces », courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Manon Bara, vue de l’exposition « Faces », courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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