L’adage veut qu’une photo vaille mille mots et pourtant chaque cliché du 61e prix World Press Photo est obligatoirement porté par des milliers de mots. Ces explications et leurs images sont à découvrir à La Cité Miroir à Liège jusqu’au 31 janvier 2019.

Tout le monde connaît L’homme de la place Tian’anmen ou encore L’homme au char. Cet inconnu est devenu une figure iconique de la lutte des étudiants chinois contre la répression militaire de 1989. De ce moment historique, immortalisé par une poignée de photo journalistes, on retient surtout l’image de l’américain Jeff Widener. Ce jour-là, la police chinoise s’est infiltrée dans la chambre d’hôtel d’où elle avait été prise afin de confisquer le matériel du photographe. Heureusement, ce dernier avait réussi à en cacher une partie dans les toilettes.

Depuis 1955, le concours annuel de photo journalisme sélectionne les images de presse les plus marquantes de l’année écoulée et les présente en précisant leur contexte, en racontant leur histoire. Ce sont elles les réelles protagonistes, ces histoire qui portent les clichés. À force d’être chaque jour, par mille stimuli, frappés par l’actualité, nous ne retenons plus l’essentiel. C’est pour ne pas oublier que le World Press Photo se penche sérieusement sur cette actualité qui défile à une vitesse éclair et malsaine sous nos yeux.

Cette année, près de 73 000 dossiers ont été présentés parmi lesquels 160 clichés ont été retenus. Le premier prix revient au Vénézuélien Ronald Schemidt qui montre un homme en feu lors d’une manifestation contre le président Maduro. Mais il existe d’autres prix à travers plusieurs catégories (Sport, Nature, Environnement, Actualité, Information Générale, Spot d’informations, Sujets contemporain et Projets à long terme). Comme toujours depuis 1955, les photos sont toutes interpellantes. Comme toujours depuis 1955, certains travaux seront critiqués pour leur esthétique trop soignée face à une réalité dure. Il faut néanmoins se rendre compte qu’à l’heure des Smartphone, plus que jamais auparavant, la qualité est nécessaire pour emporter un public ! Cette année, les sujets représentés sont particulièrement violents : crise des Rohingyas en Birmanie, attentat de Westminster à Londres, manifestation mortelle à Charlottesville en Virginie, crise des migrants, libération de Mossoul, crise au Venezuela, braconnage, pollution et missions kamikazes de Boko Haram au Nigeria. À noter que c’est un photographe d’origine liégeoise, Alain Schroeder, qui a gagné le 1er prix de la catégorie Sports Stories avec sa série Kid Jockeys. Mais il est impossible et insensé de résumer ici cette exposition – et le catalogue qui l’accompagne – tant chaque photo, sans exception, est riche de sens, de bruits et d’évènements.

Depuis plus de 60 ans, la World Press Photo Foundation soutient le développement du photo journalisme à travers l’organisation d’un grand nombre de manifestations qui lui sont dédiées. Son concours annuel, événement majeur pour la profession, a acquis quant à lui, une renommée mondiale et prestigieuse. Les valeurs fondamentales défendues par la fondation sont la précision, la transparence et la diversité. Elle s’oppose à toutes formes de discriminations, que ce soit dans le choix des photographes ou des images. Ce qui compte c’est la qualité de l’image et l’histoire qu’elle raconte.

World Press Photo 2018
La Cité Miroir
22 place Xavier-Neujean
4000 Liège

Jusqu’au 13 janvier 2019
Du lundi au vendredi de 9h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 18h
www.citemiroir.be

Ryan M. Kelly, Car Attack, The Daily Progress, 2017 [12 août 2017, une voiture fonce sur un groupe de manifestants protestant contre le rassemblement de "Unite the Right" à Charlottesville, en Virginie, aux Etats-Unis.]

Ryan M. Kelly, Car Attack, The Daily Progress, 2017
[12 août 2017, une voiture fonce sur un groupe de manifestants protestant contre le rassemblement de « Unite the Right » à Charlottesville, en Virginie, aux Etats-Unis.]

World Press Photo

Kevin Frayer, (c) Getty Images
[19 septembre – 02 novembre 2017. Les attaques menées sur des villages de musulmans rohingyas en Birmanie et l’incendie de leurs maisons ont conduit des centaines de milliers de réfugiés à fuir pour rejoindre le Bangladesh.]

World Press Photo

Ronaldo Schemidt, Sans Titre, Agence France-Presse, 2017
[José Victor Salazar Balza (28 ans) prend feu lors d’affrontements violents avec la police anti-émeute lors d’une manifestation contre le Président Niolas Manuro, à Caracas, au Vénézuela ]

World Press Photo

Neil Aldridge, Manal, War Portraits, Redux Pictures pour Médecins Sans Frontières, 2017
[10 juillet 2017, une victime de l’explosion d’un missile à Kirkuk, en Irak, Manal (11 ans) porte un masque plusieurs heures par jour pour protéger son visage, suite à la longue chirurgie plastique qu’elle a subie dans le cadre du Programme de chirurgie réparatrice de Médecins Sans Frontières de l’hôpital d’Al-Mowasah, à Amman, en Jordanie.]

World Press Photo

Patrick Brown, Rohingya Crisis, Patrick Brown, Panos Pictures pour Unicef, 2017
[Les corps de réfugiés rohingyas disposés près du bateau à bord duquel ils ont tenté de fuir la Birmanie.]

World Press Photo

Anna Boyiazis, Finding Freedom in the Water, 2017
[Dans les villages du nord du Zanzibar, le projet Panje donne l’opportunité aux femmes d’apprendre à nager dans des maillots de bain couvrant tout leur corps. Sur l’archipel, en grande partie en raison des restrictions de la culture islamique, les filles sont dissuadées d’apprendre à nager.]

 

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