En partenariat avec l’agence Magnum, le Musée Juif de Belgique à Bruxelles expose 160 clichés du grand photographe documentaire Leonard Freed. Une occasion rare de découvrir un panorama exhaustif de son parcours créatif.

Leonard Freed naît en 1929 à Brooklyn dans une famille juive originaire de Minsk, en Biélorussie. Son rêve ? Devenir peintre. Mais un voyage de deux ans, en Europe et en Afrique du Nord, au début des années 50, lui fait changer d’avis : il sera photographe.

Europe-USA, aller et retour

Dès 1954, le jeune Leonard déambule dans les rues de New York, appareil photo en bandoulière. Avec un premier sujet en tête : les juifs hassidiques. Sans avoir la fibre religieuse, le photographe parvient à se faire accepter dans ce milieu, dont il rapportera des images saisissantes. Commence alors pour lui un périple créatif qui le mènera de Manhattan à Harlem, en passant par Wall Street : victoire des Dodgers de Brooklyn, mariage au cœur de Little Italy, hommes d’affaires en pleine conversation, tous ses sujets immortalisent une ville bouillonnante, vivant à 100 à l’heure. L’année 1956 voit le photographe de retour sur le sol européen. Et plus particulièrement en Belgique, où il témoigne de la tragédie du Bois du Cazier, qui comptera 262 victimes. Deux ans plus tard, on le retrouve à Amsterdam, en compagnie de sa femme Brigitte. Il documente alors les cicatrices de la guerre, ce qui le mènera outre-Rhin, avant de réaliser plusieurs incursions en Israël, puis de rentrer aux Etats-Unis en 1963.

La question raciale, les années chaotiques

Quand il revient en Amérique, Freed découvre un pays en proie aux luttes raciales. Sensibilisé par le mouvement pour les droits civiques, il couvre la marche sur Washington, durant laquelle Martin Luther King prononce son fameux discours I have a dream. Freed, pour sa part, réalisera, à Baltimore, un an plus tard, une photo iconique du leader qui vient de recevoir le prix Nobel de la paix. Entre-temps, il se sera intéressé à la vie quotidienne de la communauté noire de Harlem. De nouveau sur le Vieux Continent à partir de 1965, le photographe témoigne, en Allemagne, des mutations du monde du travail, sans oublier la vie des femmes et des hommes dans leur quotidien. Les déchirures de la société à la suite du conflit mondial ne sont pas passées sous silence. En 1967, il retourne en Israël durant la guerre des Six-Jours, où il photographie soldats israéliens et population arabe.

De la police de NYC aux marginaux

Courant des années 1970, le Sunday Times de Londres demande à Leonard Freed de réaliser un reportage en profondeur sur la violence. Il se met à photographier ce qu’il estime être diverses formes d’agression : « Si je ne peux pas ouvrir la fenêtre à cause de la pollution, c’est de la violence. Les graffitis sont aussi de la violence pour les yeux. L’absence d’arbres en ville de même. » Freed envoie son reportage à Londres. La réponse : « Génial, mais on veut du sang et des tripes. » Il suit alors la police de New York, photographie des arrestations, des homicides, parfois d’un œil clinique, à la limite du soutenable. Mais ce qui l’intéresse d’abord, ce sont les hommes et les femmes qui font ce métier, au point qu’il s’implique dans leur vie pour en rendre la substance, la vérité. Dans le même esprit, il s’intéressera aux marginaux, aux dissidents, aux hippies, à la contre-culture sous toutes ses formes. Chaque fois avec un regard sans complaisance mais bienveillant. En un mot, humain.

Une rétrospective qui fera date

Retiré à Garrison, Etat de New York, Leonard Freed décède en 2006, non sans avoir réalisé d’ultimes clichés émouvants, depuis la fenêtre de sa chambre. Les 160 photos présentées par le Musée Juif de Belgique à Bruxelles offrent une magnifique immersion dans l’univers d’un grand photographe documentaire qui a su rendre compte des soubresauts et du chaos de notre monde. Une approche qui n’exclut aucunement, loin s’en faut, le regard humaniste d’un grand artiste. Ne manquez sous aucun prétexte cette expo, dans un lieu qui, hélas, a connu, lui aussi, son lot de violence aveugle.

Leonard Freed
Photographing the World Disorder
Musée Juif de Belgique
21 rue des Minimes
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 mars 2019
Du mardi au vendredi de 10h à 17h, samedi et dimanche de 10h à 18h
www.mjb-jmb.org

 

Leonard Freed

Leonard Freed, Amsterdam, Pays-Bas, 1958, (c) Leonard Freed / Magnum Photos

Leonard Freed

Leonard Freed, Amsterdam, Pays-Bas, 1958, (c) Leonard Freed / Magnum Photos

Leonard Freed

Leonard Freed, Le long du Mur de Berlin, Allemagne de l’Ouest, 1965, (c) Leonard Freed / Magnum Photos

Leonard Freed

Leonard Freed, Marche sur Washington, Washington D.C, 28 août 1963, (c) Leonard Freed / Magnum Photos

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Leonard Freed, Suspect placé en détention préventive dans une voiture de police, New York, 1978, (c) Leonard Freed / Magnum Photos

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