Jephan de Villiers est de retour à Bruxelles avec une exposition à la galerie Marie-Ange Boucher. Longtemps installé en Belgique, l’artiste qui vit aujourd’hui en France à Corloux près de Bordeaux crée depuis plus de 60 ans une œuvre singulière sans cesse renouvelée.

Né en 1940 à Versailles, Jephan de Villiers réalise ses premières peintures et sculptures vers l’âge de douze ans et construit d’immenses villages de terre et d’écorces. Il aime le cirque, le théâtre et le mime. En 1976, il découvre la Forêt de Soignes et ramasse son premier bois-corps, comme il les nomme. C’est le début de son long Voyage en Arbonie. Depuis, ce sont les bois, feuilles, rameaux, racines, feuillages, champignons et plumes d’oiseaux, tous ramassés un à un, avec attention et passion, au fil de longues balades, qui forment la trame des œuvres de l’artiste. Des petits riens, les micro-éléments que la forêt ou le bord de mer veulent bien lui offrir. Et c’est en hommage à cette nature qui l’englobe et le régénère que l’artiste compose tout un monde de petits êtres secrets, statues vaudou archaïques, rassemblées en des temples ou ex-voto. Leur visage est fait de mie de pain, celle qu’on roule entre nos doigts quand on est enfant et qui devient sculpture.

Dès l’entrée de la galerie, dans un cadre de bois, alignées, des dizaines de visage en mie de pain, un par jour. Toujours le même visage, les yeux écarquillés, la bouche ouverte en un cri d’effroi, celui d’un enfant qui n’en revient pas du monde dans lequel il se trouve. Puis d’autres compositions, si reconnaissables et si particulières, et pourtant chaque fois renouvelées. Entre Soignes et le bord du monde : un bouquet de branches épineuses fait comme un dôme, sous lequel se cache, intensément rassemblée, une tribu de petits êtres dont le corps de bois et d’écorce évoque à la fois la fragilité et  la permanence de la nature.Vers le haut et loin à l’heure où la lumière mène les envols : dans un grand rectangle accroché au mur, un foisonnement d’herbes séchées forment un nid. Au centre, dans un autre rectangle, petit, une famille, une tribu, forme un cercle autour d’une coque emmaillotée de fil, comme un sarcophage ou peut-être comme le berceau d’un nouveau-né. Les matériaux et la palette de couleur sont justes, beaux et délicats. Mais peut-être ce qui nous semble si juste à l’œil, c’est que mine de rien, de Villiers parle à notre mémoire collective, à notre iconographie culturelle commune. Comment ne pas voir ici une nativité ? Et là, dans Fragments de mémoire des envols rêvés, une scène structurée comme celles qu’on retrouve dans les fresques religieuses du Quattrocento, la première Renaissance italienne ?

Plus loin, bois, plumes et fils sont passés chez le fondeur. A L’ange et l’ours, par exemple, l’artiste a offert la puissance et la force du bronze. Et on y ressent encore toute la grâce des matériaux de départ. Aujourd’hui plus encore qu’hier, l’œuvre poétique et mystérieuse de Jephan de Villiers est un cri du cœur, un appel à respecter la nature, à en faire partie avec autant de modestie que ses petits personnages à tête de mie de pain. Pour cela, on peut dire que l’artiste a été un visionnaire et qu’il reste très actuel !

Jephan de Villiers
Voix et fragilité des mondes
Galerie Marie-Ange Boucher
5 avenue du Grand Forestier
1170 Bruxelles
Jusqu’au 16 décembre
Du vendredi au dimanche de 13h à 18h30
www.galeriemab.com

Jephan de Villiers

Jephan de Villiers, Entre Soignes et le bord du monde, courtesy l’artiste et Galerie Marie-Ange Boucher

Jephan de Villiers

Jephan de Villiers, courtesy l’artiste et Galerie Marie-Ange Boucher

Jephan de Villiers

Jephan de Villiers, courtesy l’artiste et Galerie Marie-Ange Boucher

Jephan de Villiers

Jephan de Villiers, courtesy l’artiste et Galerie Marie-Ange Boucher

Jephan de Villiers

Jephan de Villiers, courtesy l’artiste et Galerie Marie-Ange Boucher

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.