La Piscine de Roubaix présente les œuvres qu’Hervé Di Rosa a réalisées au contact des artisans en Amérique, en Afrique, en Asie et en Europe. Un voyage humble, modeste et généreux pour insuffler dans sa pratique artistique d’autres gestes, d’autres perspectives et d’autres regards sur son monde.

L’art d’Hervé Di Rosa est un joyeux foutoir où s’entrechoquent, dans un zapping coloré, l’histoire de l’art, la bande dessinée, les arts appliqués et les arts populaires. L’art modeste, il appelle ça. Allergique aux hiérarchies entre culture et sous-culture, art brut et art érudit, il peint à l’instinct et à l’envie. Au début des années 1980, les frères Di Rosa, Robert Combas, Remi Blanchard et d’autres incarnent ce que Ben a baptisé la figuration libre, une réponse à des années d’art corseté par la logique minimale, abstraite ou conceptuelle. Une décennie plus tard, Di Rosa voit venir la répétition et la lassitude dans sa pratique picturale, il a soif d’autres images et d’autres horizons, loin des diktats du monde de l’art. En 1993, il part pour Sofia apprendre avec un restaurateur d’icônes la technique de la peinture a tempera et à la feuille d’or sur panneau de bois.

Un vent de liberté

C’est la première étape d’un tour du monde qui se poursuit encore. Aujourd’hui, il possède son atelier à Lisbonne, où il se perfectionne dans l’art des carreaux de céramique ou azulejos. Entre les deux destinations, 17 étapes qui le mènent du Ghana, pour tout connaître de la peinture d’enseignes, au Vietnam, pour étudier les secrets du bois laqué, en Afrique du Sud, pour s’initier au tressage des fils électriques, ou encore à Mexico, pour créer des arbres de vie. A l’inverse du Grand Tour accompli par les artistes et aristocrates des 17e et 18e siècles, Di Rosa ne cherche pas dans ses voyages à confirmer une vision idéalisée ou colonialiste du monde. Il ne s’agit pas non plus de pastiche d’art exotique, mais de l’appropriation d’une technique pour créer d’autres images pour avancer dans sa pratique. Le résultat, du Di Rosa pur jus. On y retrouve des créatures familières de son univers grotesque, femmes aux yeux démultipliés et robots conquérants, mais il sait aussi lever la main ou le pinceau et procéder à des greffes exogènes qui font souffler un vent de liberté sur sa figuration. Travailler sur de la tôle peinte, avec des sequins, des perles ou de la nacre transforme les formes.

Rencontres inattendues

S’il voyage, c’est aussi pour dépayser son art. Avec les fondeurs de Foumban au Cameroun, qui mélangent à leur bronze des bouts de tuyauterie, il coule une matière impossible à trouver en Europe. Pour le socle de bois, Di Rosa donne un dessin que les artisans locaux interprètent en fonction du tronc d’arbre qu’ils ont sous la main. Il se produit parfois des rencontres inattendues entre les miniatures orientales et ces personnages des Deux Nigauds dans les verres peints de Tunis. Sa série des azulejos est splendide dans des compositions à l’atmosphère Grand Siècle, avec les redingotes, les hauts-de-forme, les machines volantes et les dinosaures. Dans les séries produites à Miami et Paris Nord, il se met à la peinture documentaire avec des images de banlieue où la présence humaine se fait rare. Une architecture de lignes droites et d’aplats qu’auraient peints un Douanier Rousseau urbain sous Valium. Ce que donne à voir Di Rosa dans ses voyages, c’est un processus créatif sans carte, qui se cherche en temps réel et qui se trouve dans la générosité de l’échange.

Nouveaux espaces d’exposition

Ville monde où se côtoient plusieurs dizaines de nationalités, Roubaix ne pouvait choisir plus juste miroir, pour la réouverture de La Piscine, que les œuvres vagabondes de l’artiste sétois. Après trois années de travaux, le joyau Art déco qu’est l’ancienne piscine municipale s’est dotée de nouveaux espaces d’exposition, confiés comme les premiers aménagements à l’architecte Jean-Paul Philippon. La salle du bassin, avec ses cabines en carrelage, ses vitraux rayonnants et le somptueux portail de la Manufacture de Sèvres, reste l’attraction principale, mais les objets exposés tout autour respirent désormais davantage. Une galerie est réservée à la peinture, essentiellement française, du 20e siècle, où l’accent est mis sur le processus créatif avec de nombreuses esquisses maquettes et premiers modelés. L’atelier d’Henri Bouchard, sauvé de la dispersion, a été intégralement transféré de son site parisien d’origine. La Piscine a aussi articulé son programme sur de petites expositions très ciblées, comme celle consacrée à l’Homme au mouton de Picasso. L’œuvre charnière dans la carrière de l’artiste catalan est replacée dans son contexte artistique et politique, au travers d’une très belle sélection de pièces inédites ou peu montrées qui expliquent la genèse et la descendance de ce monument engagé.

Di Rosa
L’œuvre au monde
La Piscine – 23 rue de l’Espérance
59100 Roubaix – France
Jusqu’au 20 janvier 2019
Du mardi au jeudi de 11h à 18h, vendredi jusqu’à 20h
Samedi & dimanche de 13h à 18h
www.roubaix-lapiscine.com

 

Di Rosa

Hervé Di Rosa, Mister Africa – Etape 4 : Addis-Abeba, Ethiopie, 1996, (c) ADAGP, Paris 2018, photo Pierre Schwartz

Di Rosa

Hervé Di Rosa, En pleine tronche – Etape 7 : Binh-Duong, Vietnam, 1996, (c) ADAGP, Paris 2018, photo Pierre Schwartz

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Hervé Di Rosa, Mandala – Etape 8 : Durban, Afrique du Sud, 2000, (c) ADAGP, Paris 2018, photo Pierre Schwartz

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Hervé Di Rosa, Guerrier et robot – Etape 15 : Tunis, Tunisie, 2006, (c) ADAGP, Paris 2018, photo Pierre Schwartz

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