Pour sa seconde exposition personnelle chez Harlan Levey, l’artiste américain TR Ericsson (1972, Cleveland) nous embarque dans les tourments de la vie de sa mère. Une exposition bouleversante à découvrir jusqu’au 15 décembre.

L’artiste reconstruit l’existence de Susan Ericsson, sa mère. Tourmentée, fragile, elle a décidé de mettre fin à ses jours en 2003. Il élabore depuis un mémorial visuel, puisant dans leurs archives. Deux mois après sa disparition, l’Amérique vit son second plus grand black-out électrique. Les ingénieurs ont considéré que la source de celui-ci était géographiquement à quelques miles de la demeure de sa mère. Sa disparition a poétiquement éteint la nation.

L’ensemble des œuvres est récent à une exception près : une petite œuvre sur papier de 2008, un portrait de l’artiste. Les teintes de celui-ci sont étranges, d’un jaune triste. Il s’agit d’un transfert opéré grâce à de la nicotine. Lorsqu’il a dû vider l’habitation de sa mère, il fut surpris par les traces fantomatiques des meubles et autres encadrements. Il a voulu générer des images par cette matière qui transcende l’absence.

Grand amateur de l’œuvre de Marcel Broodthaers, Ericsson présente dans l’exposition des plaques plastiques thermoformées : ses poèmes industriels. Il a conservé, telles des reliques, chacun des objets qui entouraient sa mère au moment de la découverte de son corps. Plutôt que de les exposer littéralement, il décide de garder les volumes de chacun. Paire de gants, cassette de répondeur, bouteille d’alcool, et bien d’autres choses encore comme le téléphone, cet objet qui la reliait à son fils.

Sur le mur du fond de la galerie se dresse un portrait de groupe. Une photo de classe. Trente-deux enfants pour autant de trajectoires individuelles. L’un d’eux se détache de la masse. Il regard hors du champ. Qui est-il ? Quelle sera sa destinée ? Nul ne le sait. Au centre, au second rang, une petite fille nous sourit largement. Elle va connaître des déconvenues. Elle deviendra la mère d’un homme qui aujourd’hui lui rend hommage grâce à cette exposition aussi troublante qu’envoûtante. La mère d’Ericsson, elle, a fait le choix de ne plus être. De disparaître à jamais. Pour autant, elle est là. En effet, une partie de ses cendres a été incorporée au médium utilisé pour imprimer l’image.

Se souvenir de cette exposition, c’est se dire à quel point Ericsonn a la capacité plastique de raconter des histoires. Ce qui, sous forme cinématographique, nous apparaîtrait comme une intimité platement dévoilée nous est ici présenté avec une délicatesse profonde sans fard. Il est à noter que ce projet, débuté il y a plus de dix ans, prend aussi la forme d’un livre qui donne un écho majestueux à cette existence mineure.

TR Ericsson
Industrial Poems/Poèmes industriels
Harlan Levey Projects
46 rue Jean d’Ardenne 
1050 Bruxelles
jusqu’au 15 décembre
Du mercredi au samedi de 11h à 18h
http://hl-projects.com

TR Ericsson

TR Ericsson, Can you hear her blacks crackle and drag?, 2018, courtesy l’artiste et Harlan Levey projects

TR Ericsson

TR Ericsson, Amitriptyline, 2017, courtesy l’artiste et Harlan Levey projects

TR Ericsson

TR Ericsson, 45s, 2018, courtesy l’artiste et Harlan Levey projects

TR Ericsson

TR Ericsson, vue de l’exposition Industrial Poems/Poèmes industriels, courtesy l’artiste et Harlan Levey projects

TR Ericsson

TR Ericsson, vue de l’exposition Industrial Poems/Poèmes industriels, courtesy l’artiste et Harlan Levey projects

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