La Fondation A, située non loin du Wiels, nous fait découvrir l’œuvre de Paolo Gasparini, maître incontesté de la photographie documentaire. L’exposition offre un bel aperçu de son travail, qui couvre six décennies de bouleversements politiques et sociaux.

Depuis 2012, la Fondation A, créée par la mécène Astrid Ullens de Schooten, a pour vocation de soutenir la création et la conservation de l’image photographique. Située dans l’ancienne usine Bata superbement rénovée, la galerie présente, à raison de trois événements par an, des grands noms de la photo. Après Walker Evans, Lee Friedlander ou encore Robert Adams, la Fondation A présente jusque mi-décembre une sélection des œuvres de Paolo Gasparini.

Né en 1934 à Gorizia, dans le nord de l’Italie, Paolo Gasparini rejoint en 1954 son père et ses frères au Venezuela, qui deviendra sa nouvelle patrie. Sa découverte du néo-réalisme au cinéma le marquera à jamais et ce mouvement à l’empreinte sociale déterminera son approche photographique et son désir de vérité. Des figures majeures comme Walker Evans ou Paul Strand influenceront également l’artiste. A son arrivée au Venezuela, il se consacre à la photographie d’architecture, stimulé par l’élan moderniste qui transforme Caracas, tout en créant un immense exode rural, source d’une cassure sociale entre mondes moderne et traditionnel. De 1961 à 1965, Paolo Gasparini est à Cuba, alors que l’euphorie révolutionnaire y est à son apogée. Les images qu’il y crée resteront un témoignage puissant d’un bouleversement qui aura marqué profondément le destin de toute l’Amérique du Sud. Peu à peu, le photographe délaisse les appareils de moyen ou grand format (Rolleiflex, chambre Linhof 4×5) au profit du 35mm (Leica). Ce glissement n’a pas que des conséquences techniques, son art s’en ressent : spontanéité, proximité avec le sujet et cadrages non-académiques deviennent toujours plus sa marque de fabrique. Sans oublier son humanisme et son empathie. Après les rêves viendront hélas les désillusions, qui auront pour nom Somoza au Nicaragua, Duvalier à Haïti, Alvarado au Pérou ou Pinochet au Chili. Paolo Gasparini rendra compte de ces accidents de l’Histoire, avec leur cortège d’injustices et de violences. Il n’aura de cesse d’arpenter l’Amérique du Sud pour livrer son témoignage humaniste mais sans complaisance ni naïveté.

L’exposition de la Fondation A rend un hommage admirable à l’œuvre et à la vision de l’artiste. Ses photos oscillent en permanence entre le documentaire souvent poignant et la création esthétique. Au fil de ses soixante années d’activité, il a su rendre compte d’une société en pleine effervescence, souvent en prise avec le chaos. Un message qui aujourd’hui encore garde plus que jamais sa pertinence. Après ses débuts où il prenait des clichés d’architecture ou réalisait des portraits posés, il a vite trouvé en lui une originalité et une approche personnelle qui font toute sa valeur. Ses paysages urbains, loin des chromos, rendent compte de la tension qui caractérise l’Amérique du Sud. Plusieurs clichés pris au travers de pare-brise brisés sont à cet égard à la fois suggestifs et effrayants. En transcendant la banalité, Paolo Gasparini lui donne ses lettres de noblesse et atteint une réelle modernité, y compris dans ses œuvres premières. Spécialement pour la Fondation A, l’artiste a composé un impressionnant fotomural, où il reprend 63 de ses photographies d’époques et de pays différents. On peut aussi feuilleter certains de ses livres, dont chacun représente, selon les dires de l’artiste lui-même, une démarche séquentielle primordiale pour appréhender son travail. Une exposition fondamentale et un espace de mécénat à découvrir.

Fondation A Stichting
304, avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 16 décembre
Du jeudi au dimanche de 13h à 18h
www.fondationastichting.be

Paolo Gasparini

Paolo Gasparini

Paolo Gasparini

Paolo Gasparini

Paolo Gasparini

Paolo Gasparini

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