L’Albanie semble encore aujourd’hui la grande oubliée de la transition vers la démocratie des pays de l’ancien bloc soviétique. Les peintures d’Edi Hila, dont c’est la première exposition en Belgique, chez Nathalie Obadia, exsude cette situation avortée.

Edi Hila (1944, Shkodër, Albanie) étudie à l’Ecole des Beaux-Arts de Tirana dans les années 1960. Toute sa vie, il se cachera pour peindre. Brièvement, en 1972, quand il reçoit le premier prix de peinture du concours national Pranvera’72, il est adoubé par le régime. L’année suivante, sa grande composition La plantation des arbres (aujourd’hui dans les collections de la National Gallery de Tirana) qu’il présente à l’exposition nationale, est censurée. Les autorités lui reprochent ses aplats de couleurs pures trop proches de l’art décadent expressionniste. Il lui sera interdit d’exposer jusque dans les années 1990 et il sera condamné à une peine de rééducation qui le force à travailler plusieurs années dans un élevage de volailles et comme docker. Hila n’a pourtant jamais cessé de peindre. Grâce à de rares livres d’art qu’il obtient à grands risques, son œuvre s’enrichit d’apports extérieurs comme le surréalisme et surtout la peinture métaphysique italienne de Giorgio De Chirico.

Aux cimaises de la galerie Obadia, une série de Penthouses, hautes architectures dont seulement les derniers étages sont garnis de fenêtres et terrasses. Dans Tirana, ouverte de manière chaotique au capitalisme, les constructions des nouveaux riches sont presque aussi ubuesques que celles que représentent Edi Hila. Le corps du bâtiment est un vaste aplat, occasion pour le peintre d’y étendre un vert pâle, un rose sali, un bleu grisé. En haut de la toile et aux derniers étages, un architecte fou a construit un penthouse inaccessible, protégé comme un nid. Ces constructions font aussi penser aux tours médiévales de San Gimignano, petit village toscan où les riches habitants entraient en compétition entre eux en tentant de construire la plus haute tour, symbole de leur réussite.

Sa série Open Museum, à voir à l’étage, évoque le thème de l’armoire précieuse, cabinet de curiosités qu’Edi Hila remplit des drames et de la violence de l’histoire politique de son pays. Ce sont des contenants à métaphores, qu’il représente dans une gamme de tons sourds. Lui qui a connu le désenchantement d’un pays en lente reconstruction, il nous met face à l’Histoire qui se répète, cette boîte ou armoire de Pandore dont les portes peuvent se rouvrir.

Edi Hila
Open Museum
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Bruxelles
Jusqu’au 27 octobre
Du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi de 1’h à 18h
http://www.nathalieobadia.com

Edi Hila

Edi Hila, Penthouse, 2013, courtesy l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

Edi Hila

Edi Hila, Penthouse, 2013, courtesy l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

Edi Hila

Edi Hila, Penthouse, 2013, courtesy l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

Edi Hila

Edi Hila, Penthouse, 2013, courtesy l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

Edi Hila

Edi Hila, Open Museum Series (#1), 2017, courtesy l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles

 

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