Septembre est un mois aux mille propositions alléchantes. L’été s’achève, artistes, galeries et autres porteurs de projet ont rechargé leurs batteries. C’est le moment de replonger dans l’art contemporain. A Bruxelles, deux événements majeurs cette semaine, le Brussels Gallery Weekend et Art on Paper.

Art on Paper

Art on Paper, créé par Pierre Hallet en 2010, a vécu ses prémices intimistes dans les chambres du White Hotel, avenue Louise. Repris par une nouvelle équipe en 2015, il a déployé ses ailes à Bozar dans les salles Terrarken, avec 25 stands pour autant de galeries et de solos shows. Nouvelle étape pour une foire aujourd’hui adulte : elle investit le circuit Ravenstein du Palais des Beaux-Arts et présente 50 solos – doublant ainsi sa taille – et offre une pluie d’événements en accompagnement. On y plongera avec ravissement dès jeudi 6, à partir de 11h (vernissage sur invitation mercredi 5 soir). Les candidats exposants, plus d’une centaine, ont été sélectionné avec attention par un jury pointu : directeurs de musée, collectionneurs, professeurs.

Adeline d’Ursel, directrice d’Art on Paper, sait qu’elle pilote un organisme vivant, qui ne cesse d’évoluer d’année en année. « Pour 2018, nous souhaitions élargir le spectre du contenu proposé, en offrant, d’une part, une place de choix à l’expérimental avec notamment une nouvelle section, le Project Space, et proposant d’autre part la participation d’artistes déjà confirmés sur la scène internationale, et connus d’un plus large public, tels qu’Anne-Marie Schneider ou Tadashi Kawamata. » Dans le Project Space, six artistes – représentés par de très jeunes galeries (de moins de 2 ans d’existence) ou bien des non-profit spaces ou des artist-run spaces ont été retenus par la curatrice et directrice artistique, Marie Cantos.  « Avec Adeline, nous avons souhaité faire bouger les lignes, comme l’on dit : en l’occurrence, LA ligne : aller chercher le trait à d’autres endroits, utiliser d’autres mediums pour faire exister le dessin. Art on Paper n’est pas un cabinet des dessins, c’est un salon où nous questionnons le medium, où nous convions des artistes qui en interrogent les limites, ou jouent avec. »

L’œuvre sur papier est et continue d’être un objet intensément contemporain, pas sa flexibilité et son accessibilité. S’y niche tout autant  une recherche profonde vers l’intime que vers d’autres couches de la création (vidéo, son, …). Ainsi, à partir d’une simple feuille de papier, la palette des possibles est riche, multiple et surprenante.

Notons que le Prix de la Sofam sera remis jeudi à 16h au meilleur solo de la foire et que le lauréat – connu depuis juin – de l’Eeckman Prize, Benjamin L. Aman expose son travail dans un espace dédié. Né en 1981 en France, Aman a étudié aux Beaux-Arts de Nancy et est basé à Aubervilliers. Il utilise tant l’installation que le dessin ou le son pour rendre compte des différentes perceptions de l’espace. Passionné par le paysage à la manière des romantiques allemands du 19ème, il mêle perception de l’espace et ressenti émotionnel. Ses œuvres prennent des formes diverses.

Le Brussels Gallery Weekend

Dès vendredi 7 (vernissage le 6), 40 galeries bruxelloises, une douzaine d’institutions et plusieurs artist-run spaces ouvrent leurs portes au public pour la rentrée des galeries – grande fête à l’art contemporain. « Il y a une telle richesse dans notre capitale qu’il était fondamental de la retrouver dans la sélection. C’est l’occasion pour le public d’apprécier le travail que font les galeries en présentant des artistes émergents et confirmés. Pour nous, organisateurs, il y a une vraie fierté de présenter un programme de ce niveau » explique Sybille du Roy, directrice du Brussels Gallery Weekend.

Parallèlement, les visiteurs pourront découvrir une série d’institutions, ainsi que différents espaces d’artistes, toujours plus nombreux dans notre capitale. « Ces dernières années, on voit que des galeries, des collections, des ateliers ou des espaces alternatifs s’installent dans de nouveaux quartiers et redessinent progressivement la carte de la ville artistique. On note particulièrement cette effervescence à Saint-Gilles, à Forest près du Wiels, ou encore dans le bas de la ville et à Molenbeek. En s’étendant sur la ville, toutes ces nouvelles initiatives ancrent Bruxelles en tant que place forte de l’art contemporain et montrent sa progression continue » ajoute Sybille du Roy.

Art Brussels parraine une nouvelle fois l’événement, qui s’enrichit d’un point de rencontre au building Vanderborght. Cette année, pour la première fois, un volet spécialement dédié à la jeune création a été mis en place. Le public pourra ainsi découvrir l’exposition Generation Brussels, confiée au jeune curateur belge, Louis-Philippe Van Eeckhoutte. « J’ai pris contact avec les écoles d’art, les ateliers d’artistes et différents relais artistiques présents à Bruxelles afin de proposer un panel, à la fois qualitatif et diversifié, de jeunes artistes. Avec cette nouvelle initiative, l’objectif est de créer des ponts entre la nouvelle et l’ancienne génération, et d’offrir davantage de visibilité à ces talents prometteurs. »

Une attention particulière a également été apportée à la mobilité : des parcours pédestres et cyclistes sont prévus, ainsi que des Shuttles Art Brussels gratuits pour relier le haut et le bas de la ville. Notons également une nouveauté pour cette édition : des partenariats avec Villo, Billy Bike et Uber !

Les OFF

En même temps que ces deux événements majeurs, d’autres initiatives sont à découvrir. Ainsi, une nouvelle foire voit le jour – mais si, mais si ! A Performance Affair, dédiée à la performance. Avec ce nouvel outil, Liv Vaisberg (fondatrice de Poppositions art fair, Collectible art fair…) et Will Kerr (artiste) veulent rapprocher artistes, galeries, collectionneurs et institutions pour le développement et la viabilité de la performance et de stimuler son acquisition. La Thalie Lab Foundation s’attelle déjà à ce domaine depuis un an dans un lieu dédié à la résidence et la présentation d’artistes performeurs.

D’autres choses encore à ne pas rater. Pointons Norma, à la Maison Pelgrims, rue de Parme à Saint-Gilles, avec entre autres Sophie Whettnall, David de Tscharner, Martin Belou, Alberto Scordo, … avec certaines œuvres créées spécialement pour l’espace si particulier de la Maison Pelgrims.

Chez Lempertz, Lionel Estève présente une grande installation, Poussières urbaines et sculptures plates. On ira sans hésiter se régaler de la délicate poésie des propositions d’Estève.

Au Hangar Art Center, on ira voir l’exposition conjointe de Barthélémy Toguo et Duncan Wylie. Tous deux sont nés et ont été élevés en Afrique puis se sont installés en France pour parfaire leur formation et gagner leur reconnaissance. Si l’un est originaire du Cameroun, développe une œuvre polymorphe qui emprunte tant au dessin et à la photographie qu’à la vidéo et à la performance, partageant sa vie entre Bandjoun et Paris, l’autre, d’origine anglo- saxonne, né au Zimbabwe, est pleinement peintre et dessinateur et vit entre Londres et Paris.

Par-delà les différences qui sont les leurs, ce qui les rassemble est le regard qu’ils portent sur le monde. Non point dans une même dynamique de création mais dans une même posture de réflexion humaniste. Ils sont aussi pleinement actifs de l’explosion des artistes africains que nous avons pu observé à la dernière Biennale de Dakar.

Aurore Dal Mas qu’on avait pu découvrir au Botanique expose jusqu’au 8 octobre à la librairie Peinture Fraîche. Vernissage le 6 septembre. Dans le même quartier, Strokar Inside, par International Urban Art Platform, c’est l’occupation temporaire de l’ancienne implantation du Delhaize Molière (Chaussée de Waterloo à Ixelles). On y découvre 100 street artistes et de très nombreuses œuvres in situ. Vernissage le 6 et à voir jusqu’au dimanche 9 septembre. Comment ça, il y a beaucoup de vernissages ?

www.artonpaper.be
brusselsgalleryweekend.com
aperformanceaffair.com

rentree des galeries

Patrick Heide, Tag fur Tag fur, Contemporary Art Martin Assig, Art on Paper

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Brussels Gallery Weekend, photo Diego ravier

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