Précipitez-vous au Botanique vous rincer les cils à l’irradiante beauté des monochromes de Bernard Villers ! La couleur manifeste est une petite rétrospective largement méritée des peintures de cet artiste belge qui fêtera bientôt ses 80 ans.

Depuis plus de 45 ans, Bernard Villers (1939, Bruxelles) joue avec la couleur. Au travers de ses livres d’artistes mais aussi en peinture. Il a étudié la peinture monumentale à La Cambre, sous la direction de Paul Delvaux puis Jo Delahaut. Il a ensuite étudié la sérigraphie aux Arts et Métiers à Bruxelles. En 1976, il lance les Éditions du Remorqueur et commence à publier ses livres, souvent sérigraphiés.

On découvre aujourd’hui au Botanique principalement son travail de peinture. Bernard Villers nous guide dans son exposition avec une élégante modestie dont devraient s’inspirer quelques plus jeunes artistes ! L’œuvre est là. Il n’y a rien à ajouter. L’artiste n’a rien à prouver. Il joue. « Bernard est plus un militant de la couleur qu’un poète », nous explique Daniel Dutrieux, cocommissaire avec Cécile Vandernoot. Il joue et il cherche. Laissez-vous envoûter par la simplicité trompeuse et l’extrême délicatesse des monochromes de l’artiste.

Dès l’entrée, Raclette (1983), l’œuvre qui sert d’illustration à l’invitation : l’ustensile – qui n’est pas d’époque, précise en riant l’artiste – coince sur le mur un grand papier sur lequel s’étale une large bande de rouge qui semble avoir été étendue… à la raclette. Plus loin, la grande installation de panneaux en polycarbonate alvéolaire peints, qui occupe la nef centrale, rayonnante de simplicité et d’équilibre. Au mur, des séries comme Light and color, sur des panneaux de MDF troués en leur centre. La lumière et l’ombre jouent sur les pigments posés a tempera, leur donnant cet aspect poudré si beau.

La série des Inclinaisons, peintures sur bois dont la surface est pliée sur un bord, provoque le vertige. Chaise ou châssis présente quatre assises de chaises transformées en support pour la peinture. Ainsi l’objet du quotidien (chaise, mais aussi palette de bois) devient surface à transformer en œuvre d’art.

Dans les vitrines, un tout petit échantillon de la grande production de livres d’artistes de Villers. Il y mêle depuis des décennies mots et couleurs. En fondant les Editions Le Remorqueur, il a choisi de se situer délibérément en marge du marché de l’art, faisant, avec d’autres artistes, du livre un médium à part entière. Ainsi, l’objet d’art n’est plus unique, il devient multiple et sériel, accessible à un large public.

Ne vous laissez pas berner par votre premier regard. Cette simplicité formelle, réelle, est bien plus profonde qu’elle n’y paraît. C’est avant tout un cadeau que l’artiste nous fait. Une invitation à se laisser emporter par la beauté de la couleur, sa vibration. Puis soudain l’on comprend qu’il s’agit aussi d’une fine et longue analyse de la perception. Villers nous parle du phénomène de persistance rétinienne. Du fait qu’un halo apparaît quand on fixe longtemps quelque chose.  « C’est une expérience commune, mais elle n’est pas connue comme étant merveilleuse. » Le merveilleux de la couleur, c’est bien de cela qu’il s’agit. Formidable !

Notez la monographie Bernard Villers, Voyons voir, fraîchement éditée à La Lettre volée.

Bernard Villers
La couleur manifeste
Le Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 28 octobre
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
https://www.botanique.be/

bernard villers

Bernard Villers, Raclette, 1983, photo Daniel Dutrieux

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Bernard Villers, Recto Verso – vert, 1980, photo Pierre Kluyskens

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Bernard Villers, Light & color, 2011, photo Vincent Everarts

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Bernard Villers, La nuit tombe, livre, 1978, 40 pages, Éditions du Remorqueur, Bruxelles, texte de David Goodis, photo Pierre Kluyskens

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Bernard Villers, Inclinaison, 2011, photo Vincent Everarts

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Bernard Villers, Hors-d’œuvre à Marchin, 2013, photo Jackie Lecouturier

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Bernard Villers, L’envers l’endroit – rouge et noir, 2017, photo Daniel Locus

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