Pour la septième édition du Summer of Photography organisé par Bozar et d’autres centres d’art, onze lieux dans Bruxelles sont dédiés à la célébration de la photographie. Parcours dans quelques-unes des propositions.

Démarrons avec l’exceptionnelle exposition des photographies de Josef Koudelka au Botanique. Celui-ci documenta l’invasion de Prague par les chars soviétiques en 1968 et la résistance des Tchèques. La fulgurante intervention militaire soviétique marquera de façon déterminante l’histoire tchèque. Cette année-là, Koudelka a 30 ans. Il vient d’abandonner des études d’ingénieur aéronautique pour se consacrer à la photographie. A Prague, à la fois observateur et participant, il immortalise un moment déterminant de l’histoire de son pays. Ses clichés seront diffusés dans la presse internationale de manière anonyme. Au dos des photographies conservées à l’Agence Magnum Photos, juste deux lettres : PP, pour photographe praguois. Il recevra en 1969 la médaille d’or du prix Robert Capa, toujours de manière anonyme. Ce n’est que quand il se sera exilé et que ses parents seront décédés – il n’y a donc plus de risques – que Koudelka annoncera être l’auteur de ces photos. L’exposition est intéressante tant pour l’aspect historique – sur un mur, un résumé vous replonge dans les étapes de cette invasion surprise et de la résistance des Tchèques -, que bien sûr pour l’aspect photographique. Les clichés sont devenus iconiques. Ici un homme se dresse sur un char, tenant un drapeau, là un autre s’adresse aux soldats assis sur un véhicule. Plus loin, un bras et une montre au poignet devant une rue vide témoignent de la résistance des habitants. Aujourd’hui, on est frappé par l’humanité du regard du photographe, qui arrive à capter quelque chose de l’ordre de la puissance et de la joie, étrangement, alors que les événements étaient dramatiques. A voir sans faute.

www.botanique.be – jusqu’au 12 août

Resist! au Palais des Beaux-Arts fait un point large sur les différents événements de protestations qui eurent lieu dans la décennie 1960. Etonnant de voir comme ces années-là rassemblent plusieurs foyers de résistance, devenus aujourd’hui iconiques. Ainsi, les photographies de Steve Schapiro documentent la Selma March, en 1965, avec Martin Luther King. Un an après le vote pour les droits civiques des Afro-Américains, on essaie d’empêcher ceux-ci d’aller voter. C’est la première fois qu’un photographe va se mettre au milieu des gens et rapporter des clichés qui seront censurés par les journaux officiels et envoyés clandestinement en Europe pour être publiés. En 1961, à Berlin, Raymond Depardon, 18 ans, photographie la construction du Mur.

En 1968, à Paris, voici la fameuse photo de Daniel Cohn-Bendit par Gilles Caron, photographe de guerre. Et celles de Bruno Barbery qui documente les événements avec ses clichés.

A Bruxelles, entre le 28 mai et le 10 juin 1968, des artistes et intellectuels dont Marcel Duchamp, occupent le Palais des Beaux-Arts pour protester contre la culture académique. C’est le fameux Musée des Aigles. Dans la dernière section de l’exposition, voici une série d’artistes contemporains qui utilisent l’archive soit dans leur processus de création soit en y faisant référence en tant que forme esthétique. Ainsi Sue Williamson avec Truth Games, dont les différents morceaux de phrases peuvent être manipulés et déplacés. Ou Mounir Fatmi, avec Out of History. The Green Line, la vidéo de Francis Alÿsqui trace une frontière perdue entre Israël et la Palestine – qu’on avait pu voir dans son intéressante rétrospective en 2010 au Wiels. Et les photographies de Bruno Serralongue, qui documente ce qui se passe dans la ZAD en France, sont autant d’immanquables. L’exposition se clôt avec une immense vidéo du collectif AES+F, Inverso Mundus, qu’on avait pu découvrir chez Aeroplastics, et qui déploie un monde futur rêvé – ou plutôt fantasmé et cauchemardé !

www.bozar.be – jusqu’au 26 août

Au Centre culturel Jacques Frank, les photos de Pauline Beugnies documentent les manifestations sur la place Tahrir. Pauline Beugnies a vécu 5 ans au Caire, où elle a appris l’arabe. Elle a été le témoin direct des événements.

www.lejacquesfranck.be – jusqu’au 9 septembre

Chez Contretype, sept photographes présentent les traces du démantèlement de l’industrie dans le Nord et le Pas-de-Calais tant dans les paysages que sur les visages.

www.http://contretype.org/ – jusqu’au 2 septembre

Un été sous le signe de la photographie, donc.

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Josef Koudelka, Invasion de Prague par les troupes du Pacte de Varsovie, août 1968, (c) Koudelka/Magnum Photos

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Steve Schapiro, On The Road, Selma March, Alabama, 1965, (c) Steve Schapiro / courtesy Camera Work

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Gilles Caron, Rue Gay-Lussac après les affrontements de la nuit du 11 mai – Paris, Mai 1968, (c) Fondation Giles Caron

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Gundula Schulze-Eldowy, Leipzig 1989 de la série « The Big and the Little Step », 2018, courtesy l’artiste

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Pauline Beugnies, Génération Tahrir, Centre Culturel Jacques Frank

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