Dans le cadre de la Biennale d’Architecture de Venise, l’artiste Wendy Krochmal et l’architecte Bobby Fogel, tous deux belges, ont investi un ancien fort tout fissuré, qu’ils ont modifié avec beaucoup de délicatesse, inspirés par le Kintsugi qui consiste à réparer les porcelaines brisées avec une matière précieuse.

Le Kintsugi (ou kintsukuroi) est une méthode japonaise de réparation de céramiques cassées avec une laque spéciale mélangée avec de l’or, de l’argent ou du platine. En réparant les objets brisés soit au sortir du four, soit de par leur usage, les artisans valorisent ceux-ci ainsi que son histoire. L’objet réparé porte sur lui, visible, son histoire. La cassure réparée rend l’objet plus beau. Toute une philosophie découle de cette technique apparue à la fin du XVe siècle. Ainsi, l’objet peut continuer sa vie d’objet. L’accident ne signifie pas qu’il soit mis au rebut. Le cycle continue et la beauté vient aussi de cette brisure réparée et rendue précieuse par l’or utilisé.

Le Kintsugi a des similitudes avec la philosophie japonaise du wabi-sabi, qui consiste à embrasser l’imparfait ou l’imperfection. C’est la beauté des choses modestes et humbles. C’est la beauté des choses atypiques. Cette idéologie est applicable à la vie. Elle nous encourage à respecter ce qui est endommagé et blessé, vulnérable et imparfait.

Dans l’ancien Forte Marghera, à quelques kilomètres de Venise, Wendy Krochmal, céramiste, et Bobby Fogel, architecte, ont appliqué dans les fissures des murs et du sol de ce lieu historique un mélange de topaze et de fragments de verre de Murano couleur dorée et topaze. Cet enduit a été délicatement posé dans les fissures et les crevasses du sol et des murs du bâtiment, les rendant visibles. Les accidents du temps et de l’usure ne sont plus cachés, ils sont magnifiés. Ils ajoutent par leur tracé de la beauté – une beauté chargée d’histoire.

« En utilisant cette technique et cette philosophie japonaises, nous avons voulu souligner et accentuer les imperfections de la forteresse, la rendant unique et belle. Tout l’espace détérioré est ainsi mis en valeur, » explique Wendy Krochmal.

Il faut entrer dans la cour, se laisser prendre par l’esprit du lieu. On y ressent l’esprit du passé, troublé par la réalisation des artistes et l’intensité du lieu, de son histoire. On peut y voir une douleur lisible mais réparée. Plusieurs moments musicaux ont été organisés dans la cour du fort depuis l’ouverture de la Biennale. On y a même vu une danseuse contemporaine y offrir de manière spontanée un spectacle de danse. Si vous passez par Venise…

Fort Intemporal
Biennale d’architecture
Venise 
Jusqu’au 25 novembre
http://www.labiennale.org/

Fort Intemporal

Fort Intemporal, Biennale d’Architecture 2018, Venise

Fort Intemporal

Fort Intemporal, Biennale d’Architecture 2018, Venise

Fort Intemporal

Fort Intemporal, Biennale d’Architecture 2018, Venise

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