Durant l’été, une série d’expositions se dévoilent à Namur sur le thème des fleurs et de la fascination qui de tous temps en découle. Celle qui nous intéresse a pris ses quartiers au Musée Félicien Rops. Fleurs lascives s’intéresse à l’engouement de Rops pour la botanique.

Fleurs vénéneuses, picturales et lascives, horticulteur vicieux, coïts dans serres tropicales… Les fleurs dénotent un climat inspirant : beaucoup d’artistes, d’auteurs et de poètes ont écrit sur elles. Au XIXe siècle, la bourgeoisie particulièrement se voulait ébahie par les serres et jardins. Entre curiosité, sciences, symbolique, suggestions érotiques et art, l’exposition met en scène cet enthousiasme floral. Parfois seulement décoratives, les fleurs évoquent aussi, bien sûr, toute une allégorie. Les plantes ont leur signification et leur forme propres. Le langage qui en découle est complexe. Oui, communiquer via un bouquet ou un bouton de rose est possible. Dans telle ou telle position, une orchidée ne fera pas passer le même message. Cette tradition de la symbolique existait déjà au 19e siècle. Le lys représente la pureté quand la rose évoque plutôt l’éphémère ou la beauté de la jeunesse. Freud, lui, compare les fleurs aux organes féminins parce que, bien sûr, tiges, boutons et pétales ne sont pas sans lien avec la sexualité. Baudelaire en parle aussi comme d’une femme qui corrompt son esprit.

Le Musée Rops prend pour point de départ l’intérêt flagrant de Félicien Rops pour les végétaux. L’artiste aussi use du langage des fleurs, des fleurs lascives, il joue, s’amuse avec des femmes folâtres à la vue de plantes significatives ! Le peintre possédait d’ailleurs sa propre serre, à Namur, car, comme les gens aisés de son époque, il s’intéresse à la botanique. Parfois sous un angle plus scientifique… mais sans jamais devenir expert.

Le 19e siècle correspond également aux débuts de l’industrie de la fleur coupée. Les premiers magasins fleurissent çà et là et l’on y trouve de nouvelles espèces croisées, des plantes plus robustes. Dans ces petites boutiques, à Paris surtout, Félicien Rops se rend. Il achète de petits bouquets qu’il peint souvent sans sous-entendus symboliques. De manière générale, dans son travail, la fleur orne ses œuvres. Dans le cadre de cette exposition nouvelle, nous avons notamment découvert un très beau tableau sur fond doré. Intitulée Flore (sans aucun doute le nom de cette femme qui pose pour Félicien Rops), il s’agit d’un prêt du musée Kröller-Müller aux Pays-Bas. Le modèle est nu et entouré d’une rose raisonnant joliment avec la femme et sa chair. Juste à côté est accrochée une peinture de Fernand Khnopff, (prêt du Musée des Beaux-Arts de Tournai), nous y voyons une femme enjolivée par ces roses qui rappellent le temps qui passe, la beauté fugace.

Au-delà de l’intérêt de Rops pour les pétales, ce sujet d’exposition est intéressant car c’est, justement, un sujet que les femmes pouvaient peindre au 19e siècle. En effet, à l’époque, la gent féminine était limitée dans son art. Il leur était interdit, par exemple, de peindre la nudité ou des sujets historiques. Pour l’occasion, le Musée Rops a sélectionné certaines femmes artistes. Notamment de très belles toiles de Marie Antoinette Marcotte qui montrent de splendides vues d’intérieurs de serres mais aussi des œuvres de Louise Danse qui, elle, apporte un poids symbolique à ses représentations d’orchidées ou de lys. Une exposition qui, dès lors, très particulièrement, s’ouvre aux femmes.

Fleurs lascives
Musée Félicien Rops
Rue Fumal 12, 5000 Namur
Jusqu’au 23 septembre
Du lundi au dimanche de 10h à 18h.
https://www.museerops.be/

 

Félicien Rops, Flore, s.d., aquarelle sur carton et crayon de couleur sur fond doré, 23 x 16 cm. Otterlo, Kröller-Müller Museum

Félicien Rops, Flore, s.d., aquarelle sur carton et crayon de couleur sur fond doré, 23 x 16 cm. Otterlo, Kröller-Müller Museum

 

Fernand Khnopff, Des roses, 1912, pastel sur papier, 27 x 38,5 cm. Tournai, musée de Beaux-Arts. Propriété de l’Office national des musées de Belgique, inv. 1/71 / n°386

Fernand Khnopff, Des roses, 1912, pastel sur papier, 27 x 38,5 cm. Tournai, musée de Beaux-Arts. Propriété de l’Office national des musées de Belgique, inv. 1/71 / n°386

 

Paul Berthon, Sa très gracieuse Majesté la Reine Wilhelmine, c.1901, lithographie en couleur, 54,5 x 56 cm. Collection privée

Paul Berthon, Sa très gracieuse Majesté la Reine Wilhelmine, c.1901, lithographie en couleur, 54,5 x 56 cm. Collection privée

 

 

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